Dans la 404

image Dans la vieille 404 à benne, sur la banquette couleur chocolat éventrée par les ciseaux de taille, je tourne le large volant en bakélite, si grand que je peux mettre ma tête dedans. Autour de moi, l’odeur fauve du vigneron, un relent de vinasse aussi me coulent sur les épaules. Je suis entre ses cuisses, mes petites fesses calées, les bras tendus sur le lion au centre, je klaxonne.

Fier de conduire l’engin sur les chemins de terre, ceux qui nous conduisent aux vignes hautes. Piste caillouteuse, la direction ripe, ses mains déjà craquelées rattrapent la direction d’un coup sec qui fait lever les miennes. Il me rattrape, me serre la tête dans ses avant-bras, mon guide. La route avec lui, l’aventure, nous partons à l’assaut des coteaux. Débrayage, patinage, le pédalier est à lui, il dompte les chevaux-vapeurs qui vrombissent. La côte à deux, à moi le volant qui braque, à lui les manettes qui grincent, levier de vitesse au volant, il pilote, descend, monte les rapports, arbre à cames qui coince et mes palpitations d’enfant qui débrayent. Jubilation.

Dévers important, le danger et l’interdit en impression, le fossé en contre-bas, je tends les bras encore plus fort, tétanise des coudes et serre les dents sur ma posture : tenir droit le volant, ne pas lâcher, un faux mouvement et on dévale. Un petit pont branlant en pierres romaines, passage difficile, en dessous un cours d’eau asséché, il faut passer en première, viser juste entre les parapets sinon... Et lui fanfaron, Indiana Jones d’opérette, en fait des tonnes, brode des paroles périlleuses pour m'enrichir l’aventure. Je me dandine sur le cuir, me tiens droit parfois pour voir la route, et lui rit de mes gesticulations, exulte de voir mon bonheur de conduire.

Fin du voyage, la 404 chaude toussote et s’arrête près du grand figuier. Tandis qu’il loue mes talents de chauffeur, je le bombarde d’encore en lui tapant frénétiquement les cuisses. Et les yeux gorgés de fierté, il me promet, en tirant le frein à mains, le chemin retour et la descente encore plus belle.

22 commentaires:

  1. Oh oui !...
    Trois fois oui...
    J'y étais aussi.
    ça me parle,
    ô combien !

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  2. Alors, vas-y L...........................uC klaxonne !

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  3. Quelle jubilation sur ces chiffres mythiques !

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  4. Encore plus belle la descente ? Nan..... (not possibeul)

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  5. Cat > oui hein elle a marqué toute un génération cette 404 :)

    Christine > si, si, plus belle encore, si j'avais pas peur d'être redondant, je vous la raconterais. :)

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  6. non de non ... c'est d'une vie ça !
    Excellent !

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  7. Redonde, redonde, et raconte-nous la descente....
    Bonne soirée!

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  8. Isabelle C. > oui de oui, c'était de la belle vie ! Merci.

    Epamin' > Redonde, redonde : me fais penser que j'ai une histoire aussi autour d'une aronde, une encore plus vieille voiture. Bonne journée dame Epamin' :)

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  9. j'vais vous fourguer une 404 moi aujourd'hui, z'allez voir la belle vie !
    même si le texte est joli !

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  10. Oh! Que de souvenirs qui jaillissent à la lecture de ce texte! Comme dit Luc, on y est... (et de me rappeler le tracteur de papy, dans les vergers, et les tout-petits, perchés là-haut, qui rient et mettent un pied dans l'âge adulte tout en restant des enfants qui se cachent dans les mimosas et engloutissent les biscuits de mamie)

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  11. Comme c'est joliment écrit en plus!

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  12. Kouki > ben j'veux bien moi une 404 d'époque sans ceinture et sans direction assistée, trop la classe ! :)

    Mlle d'enfer(t) > héhé, je les vois les tracteurs et les enfants aussi. Merci.

    Desi > Merci (en plus) :)

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  13. Qu'un Land de 68, les bras tués et cognés, pas de chauffage et fais chier tout le monde à 70 à l'heure... pas que des amis, mais on l'adore, oui !

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  14. oui, Kouki pas très écolo-chic tout ça ! :)

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  15. ... Le chemin du retour, non ?

    J'aime bien ces souvenirs de petits garçons : les filles peuvent pas comprendre ! ;)
    J'aurai pu la bleusheriser si j'avais vécu à la campagne, moi aussi...
    C'est quand que tu nous faits un livre ?

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  16. erreur 404 - la page demandée n'existe pas

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  17. Nicolas > et bien désanchezise-le et rebleusherise-le dans la ville ! ;)

    Madame de K > oui c'est ça, souvent en erreur 404 la vieille 404 dans ses démarrages à froid ;)

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  18. De tours (chez Luc) en détours (807), je finis par atterrir sur les genoux du grand-père pour une chouette ballade. Eh bien vous risquez de me revoir si vous le voulez bien.

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  19. Revenez quand vous voulez Zoé. Il m'arrive parfois de m'assoir près de l'arbre à palabres, silencieux, je lis. ;)

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  20. Ma copine en a une...! Elle nous sert souvent à transporter le piano, le vrai pas celui qui se pli... pour les concerts de Jazz du beauf...

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  21. Encore un beau voyage en enfance, je rajeunie un peu plus chaque fois que je viens te lire… Merci !

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  22. Fildji > Et oui, ça roule encore ! Increvable ces bagnoles là !

    Le coucou > Merci à toi et ta peau de bébé ! :)

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