Le canapé vert

image J’ai somnolé quelques heures sur le canapé. Un canapé confortable en cuir vert à la large assise mordue et aux accoudoirs renfrognés. Juste quelques heures à attendre son retour et m’est revenu le jour où nous l’avions choisi avec ma future belle-mère, ce devait être notre cadeau de mariage. Un vaste hall chez le commerçant comme si tous les salons bourgeois s’étaient donnés rendez-vous au même endroit. Des univers figés dans un espace parodié, deux fauteuils, un sofa, une table basse et la promesse d’un bonheur infini dans un doux et tranquille foyer. Après avoir testé plusieurs cuirs, nous avions choisi la couleur de l’espoir et la peau retournée au toucher velours : le nubuck vert. Ce cuir déjà élimé au papier de verre allait être le symbole d’un couple et de sa lente érosion.

Allongé, la tête sur l'accotoir noirci, j’ai revu un instant nos deux corps enlacés en chien de fusil, un plaid sur nos jambes à regarder quelques inepties à la télévision. Ces même deux corps dans des prises de fièvre amoureuse pour une « petite vite » dans le salon quand les enfants enfin s’étaient endormis. Ce même canapé déménagé trois fois, raclant les murs du vieil appartement pour s’installer souverain dans la nouvelle maison ensoleillé. Les amis, les rires, les interminables discussions où l’on refait le monde autour d’un copieux apéritif et toujours le canapé pour accueillir les plus imbibés et leur nuit de sommeil éthylique.

Douze ans d’un canapé qui a partagé notre vie, qui a amorti plus d’une fois nos chutes jusqu’au jour où nos trois enfants, sagement assis sur le nubuck vert, nous ont écouté leur annoncer notre séparation. J’avais gardé de ce salon un fauteuil aujourd’hui mis au rebut. Le canapé, lui, est toujours là dans la maison de mes enfants. Il continue sa vie sans moi avec bien d’autres souvenirs enfouis sous les coussins.

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16 commentaires:

  1. Christophe, très beau texte. On a envie qu'il fasse quelque chose bordel !

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  2. Je ne m'assiérai jamais plus sur un canapé sans écouter ce qu'il a à raconter.
    Chouette couleur .o)

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  3. En te lisant, je me disais que ton canapé me faisait penser à un texte coquin, du genre "sofa indiscret", mais en fait, un coup d'œil sur internet m'a remis la mémoire en ordre: c'est un cocktail de "Les bijoux indiscrets" de Diderot, et de "Le sopha" de Crébillon.
    Il y a des meubles comme ça, auquel il est tentant de prêter des oreilles et une mémoire. (Tu es dans une veine grinçante!)

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  4. Encre > chaque tâche, écorchure est un souvenir :)

    Le coucou > Une veine grinçante ? hum... peut être. Merci pour les rebonds de ta mémoire. :)

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  5. Ben oui, les souvenirs s'attachent à des choses bien concrètes, comme les sofas et leurs coussins, qui n'y sont pour rien.

    ALiCe__M

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  6. Oufff!!! D'autant plus percutant et douloureux que le ton est léger, apparemment détaché. Superbe de pudeur... Je vous envie, moi l'exhibitionniste! Euh... enfin... c'est une image!

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  7. le vert est la couleur de l'espoir, parait-il.
    c'est aussi celle de la rage.

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  8. ben le canapé vert, Christophe, peut faire rewind et effacer les jours caca d'oie voilà. Je sais, ça marche pô à chaque fois :(
    (la p'tite vite, je retiens !)

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  9. les objets ont une âme ?... s'ils n'en ont pas, ils volent des bouts de la notre...
    c'est un texte plein de sensibilité

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  10. Alice > n'y sont pour rien mais ce sont les plus anodins qui sont vecteurs du souvenir.

    Depluloin > oh ! On l'est un peu tous exhibitionnistes dans ces pages :) merci.

    Philippe > espoir, rage : pas très loin finalement tout ça.

    Kouki > ah d'accord. Pour la petite vite, aucun mérite, j'ai piqué l'expression à mon pote d'Arnaud, Jeff, c'est une expression courante au Québec.

    Mu > ah j'aime bien l'idée des objets qui piquent notre âme. :) merci.

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  11. C'est triste, en ce moment, chez toi. J'ai du mal à commenter, ne m'en veux pas.

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  12. T'es sûr de t'appeler Sanchez ?
    Tu ne serais pas plutôt Lamarlaire ou bien Beaudetine ?
    Ton billet ressemble tant à un petit poème en prose qu'on peut te surnommer le roi du spleen...

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  13. attachement tendre aux objets qui accompagnent la vie ! plaisir de cette lecture

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  14. co-errante > Oh celui-ci n'est pas si triste que ça... Mais tu fais comme tu le sens, bien sûr que je ne t'en voudrais pas :)

    Epamin' > Le roi du spleen ! mouarf! c'est vrai que sans en être le roi, j'en connais un rayon !

    Lautreje > Merci (important les objets, très important)

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  15. ca m'a fait plaisir de lire ce morceau de somnolance entre le reve et le souvenir, comme une improvisation musicale ... @mandarina_arts

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