Gauloise

image Elle est effluve ancré dans ma mémoire, souffle sur ma joue. Enroulée à un air sec, elle est parfum mêlé de ses terres, âpre, rueuse en bouche, marque de l’autorité qui peut battre, de la voix éraillée que j’écoute, toujours. Elle est prolongement de sa nature, appendice clouée à sa bouche, contenance entre ses doigts jaunes et craquelés, sa main posée sur mon épaule. Elle est combustion, feu sacré à la commissure des lèvres, masque de ses fêlures comme le petit jaune qui coule dans son gosier, balancée sur le zinc, une tape dans mon dos. Elle est repère dans l’assemblée, virilité inculquée, phare rouge de mon errance, l’allumette qui craque dans la cuisine, la lueur dans ses yeux. Elle est fierté, appartenance au groupe, couleur d’un pays rural aussi dur que le casque aux ailes sur le paquet, liberté toujours, la pièce de cinq francs qui roule sur le comptoir. Elle est bleue, sans filtre, volutes du souvenir, brune comme sa peau tannée au soleil, son visage lézardé qui me sourit. Elle est pensée continue, émanation de lui dans ma vie, il me laisse tirer une taffe en paix.

19 commentaires:

  1. Beau texte pour un non moins bel hommage.

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  2. Un paquet d'irréductible gauloise comme un casque sur le souvenir, une partie incandescente et silencieuse de ton histoire.
    Elle est Il.

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  3. "keuf keuf feuf! ils le vendent çà?" Coluche

    Je parle des clopes, pas du texte qui porte loin.

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  4. Co-errante > merci

    Cat > un casque sur le souvenir, ah oui, j'aime bien ça

    Philippe > Ah oui, l'auto-stoppeur ! :)

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  5. Je me souviens du temps ou tu "arrêtais de fumer".
    Bel hommage.

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  6. Elle est bleue, sans filtre, toujours posée à portée de ma main depuis… J'ai essayé de la quitter je ne sais plus combien de fois, mais elle est toujours là. J'aime les gauloises, et ton texte !

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  7. Fort, dense... léger aussi.
    Brume autour, moins dans les idées. On est soufflé, quelque part entre des lèvres, prêts à être dissipés dans l'air.

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  8. eh bien moi j'en pinçais plutôt pour les Gitanes...

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  9. Beau texte concis et massif; un enfant à l'amour respectueux avec ce que cela voile. Joli Christophe !

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  10. Sur l'ambivalence des sentiments vis à vis de ses parents, il y aurait long à dire. Vous le faites magnifiquement au fil des pages ici, et brièvement, superbement... (Ce temps où la cigarette, la Gauloise - la Boyard maïs, vers chez moi -, était une sorte d'emblème en effet, où le fumeur n'était pas considéré comme un faible, un handicapé, incapable de volonté, ignorant la vie "saine"...;)

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  11. élevée à la gitane maïs, puis à la gauloise...
    vos souvenirs résonnent avec les miens,
    ...
    étonnant que malgré l'asphyxie on s'en souvienne avec plaisir, émotions, odeurs d'enfances!
    thiladi merci et bonne journée!

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  12. Sylvie > Figure-toi que j'envisage de recommencer à arrêter :)

    Le coucou > ah ah ! oui, je t'imagine bien la gauldo au bec :) merci.

    Virginie H > oui, fumer éclaircit les idées ou les masque, embellit. Merci.

    petite racine > Souvenir des Gitanes maïs et leur sale odeur, beurgh! :)

    Kouki > l'amour respectueux oui, merci.

    depluloin > oui, aujourd'hui, il est carrément un pestiféré. Merci.

    Thiladi > Et oui, ça fait partie des choses anodines qui finalement nous imprègne. Merci.

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  13. "Elle est combustion, feu sacré à la commissure des lèvres, masque de ses fêlures comme le petit jaune qui coule dans son gosier, balancée sur le zinc, une tape dans mon dos. "
    J'aime beaucoup le balancement de cette phrase et le glissement qui s'y opère, avec l'alexandrin mâché de la fin...

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  14. Bon, on arrête dans 4 paquets.. Au moins on essaie... !!! :)

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  15. Un texte solide, émouvant... qui ne crapote pas !
    Ton "rueuse en bouche", quelle belle trouvaille !

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  16. Francesco > Un alexandrin mâché ? ben ça alors, tu l'auras compris, c'est à l'insu de mon plein gré. Merci.

    Colombine > bah oui, je t'attends...

    Morgan > Un texte qui avale, en somme ^^ Merci.

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  17. Dans un coin d'armoire j'ai gardé l'étui à cigarette de mon grand père, un étui en cuir, brun comme une gauloise, patiné et usé sur les bords.
    Il fumait des gauloises bleues et après le repas il avait cette expression " Je vais aller griller une petite cibiche", expression un peu surannée. Mais le moderne d'aujourd'hui n'est que le désuet de demain.

    Par contre je viens de remarquer que sur la photo, les paquets de gauloises ne contenaient que 19 cigarettes ?

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  18. oui JF j'ai remarqué aussi, en recherchant la photo, j'ai aussi découvert qu'il a existé des paquets de 10. Il y avait aussi les "troupes" gauloises spéciales pour les militaires.

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  19. Je me souviens qu'on pouvait aussi en acheter une à la fois.

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