Quel temps ?

image C’est sûr, il faut avoir le temps. Le temps de digresser sur ce temps imperméable, insaisissable qui fuit et qui pleut. Amusante homonymie qui fait passer le temps comme la pluie passe à l’arrivée du beau temps. Que ce soit l’une ou l’autre, définitions qui nous intéressent, il nous importe de quantifier celui qu’il nous reste ou de qualifier celui qu’il fait. Le matin du jour où il est temps de se lever, pas un pas en avant sans s’aviser du temps, au-dehors mais aussi au-dedans, le ciel et l’heure, le bleu et le blues.

Et toute la journée, il va nous suivre. Quel temps ! Ainsi le voisin nous saluera. Aucune équivoque possible sur celui-ci. On n’imagine pas Léon - c’est mon voisin - s’exclamait de la sorte pour s’haranguer du temps qui passe en impulsant une profonde réflexion philosophique sur les ressorts de l’époque et leur impact sur notre vie quotidienne. Non, Léon parle bel et bien de la météo que ce soient des jours sombres d’hiver pour dénoncer le froid piquant ou des matins déjà saturés de soleil aux belles saisons. Autant se le dire, les deux temps sont rarement mêlés et la principale préoccupation de Léon est majoritaire. Rares sont ceux qui vont nous parler au bureau et d’un air détaché du temps qui s’écoule, de notre relative existence sur cet infini qui se déplie.

Et pourtant, ici et là, c’est bien celui-ci qui fascine, qui déroute et qui nous obsède plus que de raison. Le temps et sa litanie de rythmes qui cadencent nos journées. Courir après, le prendre quand on peut, le laisser filer pour respirer. Et à chaque chaos de reprendre en chœur comme si nous pouvions le maîtriser : il est venu le temps de. Il en va même pour certains l’outrecuidance  de vouloir se l’accaparer et des plus oisifs de déclamer, bravant ainsi une impossibilité notoire : j’ai le temps. Avoir le temps, le posséder, le manipuler, voire l’arrêter tant qu’on y est ! Hérésie ! Nous n’avons pas le temps, jamais. C’est lui qui nous possède comme autant de rouages dans son déploiement, nos vies pour une imperceptible escarbille.

Oui, Léon, quel temps de chien ! Les nuages montent et menacent vers le Sud, vous voyez là bas au loin, je crois qu’il va pleuvoir.

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7 commentaires:

  1. On sent bien le mec échoué sur les rives de la quarantaine! Moi même je ne me sens pas très bien...

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  2. Il y a aussi le Chaque chose en son temps, celui de la lecture puis celui du commentaire pour dire qu'on a bien aimé ce soliloque, et qu'il neige même, à présent.

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  3. De temps en temps, le temps s'efface et laisse place à une plage prise entre parenthèses entre deux temps. Et c'est si étonnant qu'on dit qu'il s'est suspendu (sans se pendre, hélas). qu'il suspende son vol ? c'est bien une idée de poète. je vous souhaite du bon temps.

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  4. Philippe > Et oui, échoués nous sommes, encore neuf ans à tirer sur cette île ^^

    Michel Brosseau > Avec plaisir et le bonjour à Léon

    co errante > Il neige ! Quel temps ma pov' dame ! (merci)

    Zoé > Encore un leur, croire qu'on peut le suspendre. Ceci dit les poètes ont raison de nous le faire croire.

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  5. hé! parles pour toi, moi je suis encore trentenaire mais je sens bien que ça ne va pas durer éternellement

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