Vers le café Olive

image Il est venu me prendre chez moi. Dans sa voiture je suis montée mal à l’aise, œil gauche en coin qui frise. Il a dégagé le fatras à mes pieds, - journaux, bouteilles crevées, paquets de clopes éclatés – le ramassis du célibataire indolent. Il a démarré. De tout, de rien, on a parlé, c’était le début, on s’en foutait. Lui, regard figé sur la route, il roulait sourire large. J’étais impressionnée, un peu. C’était donc lui, celui que j’avais ouvert dans ma lucarne, une colonne de prétendantes accrochées à ses basques. Il ne dégageait pas autant que ça finalement, déjà accessible, il me semblait.

Dès lors on était ensemble dans cette auto, en accord piano. J’étais bien. Sa voix dans mes oreilles bourdonnait en grave chaud. Ma tête s’évadait dans les mots échangés, c’était facile sans être jeu. Il était sorti de la voiture le premier. Inspection liminaire, je le regardais sur pied. Pas vraiment beau mais un attrait certain, un charme évanescent et troublant. Grand, mince, la barbe de trois jours, un style trop convenu, veste noire sur pull léger à col rond. Je le suivais sur le trottoir, il descendait, marchait dans le caniveau, je remontais, nos épaules se frôlaient, déjà nos mains s’appelaient.

On allait cheminer jusqu’au café Olive et bien au-delà.