C’est chaque jour

image C’est chaque jour, tous les jours, plusieurs fois par jour. Des occurrences nerveuses où se cloîtrent retors les tourments et les plaisirs parcourant le corps de bas en haut dans un douloureux et sinueux parcours. Non, pas une heure sans que permutent les axes de la pensée, du bien au mal, dans un cortège sanguin permanent, inéluctable fin annoncée, consciente dans l’esprit, saumâtre sur le chemin. Chemin tortueux. Qui prend source à la plante des pieds, roule sur le craquement sévère de mollets ankylosés, se mêle au sang congestionné dans des canaux trop étroits, se débat avec les fourmis galopantes sur des cuisses trop raides, pour, en bout de course, mugir dans un bas-ventre tuméfié par l’afflux soudain d’une libido abandonnée, l’estomac en tambour essoré par la violence du manque. Une circulation abondante et folle paralysant les membres supérieurs, annihilant tout geste de défense dans une apparente immunité du dehors, un pacte de non-agression qui n’est autre que lâcheté d’esprit commué dans le corps. Ce corps, réceptacle de toutes les émotions, humilié, bafoué par l’abandon de l’autre, de soi-même, relégué au second rôle, se débattant dans un reflux de liquide violent. C’est chaque jour, tous les jours, plusieurs fois par jour.

Texte publié initialement sur le blog de Xavier Fisselier dans le cadre des vases communicants de février.

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5 commentaires:

  1. Exact Kouki, j'allais dire quelque chose de similaire. Je viens de lire les 4 derniers billets de Christophe et j'aime cette exploration intérieure : "On est bien dans le dedans du dedans."
    Ma seule interrogation Christophe est cette distinction que tu fais à un moment entre l'esprit et le corps comme deux entités différentes (le corps puni par la lâcheté de l'âme).
    Ce thème du désir frustré est rarement abordé. As-tu déjà écrit sur cette même tension au mois d'avril ?

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  2. Kouki > oui dans le dedans du dedans

    Gilles > ben oui, la distinction est voulue. Quant au désir frustré, même s'il n'est pas abordé directement, il est omniprésent mais peut-être devrait-il être expressément nommé, j'sais pas. En avril ? Pourquoi en avril ? (merci pour tes lectures Gilles)

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  3. J'avais déserté pour cause de déplacement dans l'espace. Du coup j'en ai lu plein d'autres et celui là me parle terriblement. L'abandon est douloureux parce que justement c'est un abandon, une fin de ne plus recevoir.

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  4. C'est dedans, sans doute, mais on peut appliquer le même constat à l'esprit —l'âme, c'est tout de même plus beau, plus juste—, aux remous de l'essence qui nous maintien debout.

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