L’arbre aux fruits mous

l’arbre aux fruits mous Je restais pendant des heures prés de l’arbre aux fruits mous, verts et rouges dedans, espèces de petites poires dont on ne m’avait jamais dit le nom. Je ne voulais pas le savoir de toute façon. Le mystère me plaisait. Puis je l’appelais « l’arbre aux fruits mous », c’était bien ainsi. Ce grand, gras et touffu, aux larges feuilles était mon protecteur, pendant que les autres, les vrais, vaquaient à la récolte. Il me faisait de l’ombre et, de temps à autre, à la faveur d’une brise, il laissait tomber le fruit trop mûr qui venait s’éclater tout prés de moi, sur le bord du puits. C’était le métronome de mon après-midi. Je guettais chaque coup de vent, chaque bruissement dans les branches et les jours trop calmes, je donnais des coups de pieds dans le tronc pour accélérer la chute de mes fruits mous. L’arbre ne bronchait pas mais il m’écoutait, c’est sûr, il m’obéissait. J’ouvrais chaque figue tombée, parce qu’aujourd’hui je sais que c’étaient des figues, m’émerveillais de leur texture, de leur creux charnu qui péguait sous mes doigts, examinais avec attention le monde filandreux que formait la couronne blanche autour du cœur rouge. Je les sentais, roulais ma langue sur leur peau rugueuse mais jamais ne les mangeais. Je m’essuyais juste les mains sur mon polo blanc et je tenais le regard perché dans les ramilles dans l’attente des prochaines chutes molles.

15 commentaires:

  1. nan Luc c'était bonux pasque y avait le cadeau dedans !

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  2. La paresse, la sieste éveillée est un privilège du sud . Ce texte dit bien ces moments de l'été où les jeunes gars s'initient, tranquilles, en observant les mystères de la figue, à ceux de la sexualité.Faut il avoir vécu ces moments là, où tout pégue, la peau, les herbes, le caoutchouteux et fragile figuier, les copines, pour savourer les sucs de ce billet. Le figuier, arbre respecté, est approché, comme ici, avec circonspection, cadeau des Dieux, au sexe hermaphrodite, il offre des fruits évocateurs à l'extérieur comme à l'intérieur, sa feuille dépasse de loin la symbolique de la feuille de vigne, son fruit avec son lait, son goût , succulent, vite écœurant est un sujet d'observation intriguée où se perçoivent bien des interdits. Non , on ne veut pas connaître son nom , mais on sait bien qu'un jour viendra où on ira gouter le goûts des figues. Tranquille !

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  3. j'aime l'image des doigts sur le polo blanc, le petit garçon perplexe en éveil d'un monde secret qui dira sa suite. Beaucoup. (et l'odeur, tu l'as oubliée ?)

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  4. Maman aussi c'était bonux pour le polo non? ;-)

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  5. Patrick > Voilà une grille de lecture tout droit sortie de mon inconscient. Je l'aime bien, et du coup, je relis le texte différemment. Étonnant ! Merci. tranquilleuuuh!

    Kouki > Et elle m'est pas revenue, l'odeur ! Enfin, si, j'avais même écrit quelques lignes de plus après "je les sentais" mais rien qui sentait vraiment ça. :)

    Dési > en effet, aucun souvenir de papa, ou même de moi, autour du lave-linge ! Bizarre ça ! ;)

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  6. rien ne vaut les blanches qui ont caffi sur l'arbre et qu'on retrouve en septembre en rentrant de vacances dans le "nord"

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  7. Quelle belle idée d'avoir un ami qui ne te fais tomber que des fruits mous sur la tête; imagine avec un cocotier ! .o)
    J'en ai un au 6eme, qui trône sur mon balcon, fidèle, délicieusement mou, me donnant des fruits blancs. Je lui parle aussi; tu crois qu'il m'écoute ?

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  8. l'autre jour je regardais le figuier dans le jardin voisin (la Touraine a quelques figuiers aussi) et puis j'ai cherché les mots et ça avait donné "le figuier / feuilles aux formes molles / un peu déguingandées / un peu folles". Mais c'est beaucoup moins touchant que votre texte ! Vraiment très beau !

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  9. brigetoun > on sent la connaisseuse là. Et puis "caffi" comme "péguer" c'est bien là le souvenir. :)

    Cat > Bien sûr qu'il t'écoute ! Mais c'est pas une vie de figuier ça au 6ième étage ! ;)

    Landry > Oui le figuier un peu fou et dégingandé. C'est bien vu aussi. Merci.

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  10. En aparté, je viens plus sur le blog de Mr Arf qu'il ne vient sur le mien, n'y laissant que des "j'aime", qui permettent de ne rien lire. On a tous fait cela.
    Ce sont des coui**** du pape pas encore mûres, tout le monde le sait. fastoche. SNAKE

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  11. Dans je ne sais quel conte des Mille et une nuits, un jeune homme passe sa vie couché sous un figuier et attend bouche ouverte qu'un fuit tombe dans sa bouche. Une figue mûre à point, tiède de soleil… J'y pensais chaque fois que je mangeais une figue sur l'arbre, désormais je vais penser à ton joli texte !

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  12. Snake > oh mais je continue à te lire, cher Snake. Juste que quand j'ai rien à dire d’intéressant, je ne commente pas. Voilà tout.

    Le coucou > non, continue à penser aux mille et une nuits, c'est bien mieux :)

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  13. Cette année dans mon jardin j'ai planté deux figuiers, il me faudra attendre un certain temps avant que ne tombent les fruits mous...
    mais le jardin n'apprend-t-il pas l'art de la patience ? et du mystère aussi puisque sa fleur cachée en est un ( contrairement au figuier de barbarie).
    Bon week end . JF

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  14. JF > Bon week-end et merci de votre passage. :)

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