des enfants pas sages

image C’était joie, une à deux fois par an de les voir arriver, roulottes et gros camions aux inscriptions rouges et dorées, ils entraient dans le village en convoi serré. Colonne de moteurs vrombissant et klaxons à l’Américaine qui chantaient la fête à venir. Dans la grand-rue, c’était effervescence des plus jeunes devant les semi-remorques bâchées, des toiles qui masquaient de l’autre côté des bastingages toutes espèces de fauves exotiques. Mais aussi sur les trottoirs de têtes baissées, s’ourdissait l’inquiétude froide et incompréhensible des plus vieux, l’étranger primitif en convoi dont il fallait se méfier : la duplicité, le bruit, l’odeur, la couleur.

Plus haut dans le village, à l’écart des quartiers, loin des villas piscines, le camp s’installait en cercle concentrique. Les voitures déchevillées des caravanes, les gros cubes en remparts publicitaires, ici se créait l’arène, une enclave dans la ville pour quelques jours de représentations. Tissé des fils à linges aux costumes baroques, fardé des antennes paraboliques comme lien avec le monde, leur pays en mouvement perpétuel retrouvait sa place, ancrage éphémère, coutumes, familles et enfants vagabonds.

Ceux-là, ceux de la balle, jouaient autour du camp, tapaient du cuir dans les allées de graviers entre le lion en cage et le lama égaré. Culottes percées, chandails en friche et teints basanés, ils s’en échappaient parfois, roulaient en tapant trop fort le ballon jusqu’au village. Deux, trois, à dévaler, courir derrière vers les autochtones aux regards menaçants, apeurés qu’ils étaient de la différence étalée des portes qui se ferment sur leur passage. Des enfants pas sages de passage, à la crasse visible entre les doigts, surtout ne pas en croiser, détourner les visages, leur place sur la piste, pas dans nos rues.

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