Du bruit du ballon sur les murs

Du bruit du ballon sur les murs Du bruit du ballon sur les murs. Je me souviens, l’appel à sortir quand en haut dans la cuisine je l’entendais. Que ce bruit là était liberté ! Demander la permission, maman qui sermonne et délimite le périmètre, du temps, de l’espace. Attention, pas plus loin, pas plus tard. Trépigner, acquiescer de la tête dans un agacement certain. Oui, oui, oui. Et puis dévaler l’escalier, les godillots qui dévissent, entendre les cris, la ola du stade de macadam, les passes dans les coins et les rebonds sur le trottoir : la plus grande arène dans ma rue.

Passée la porte, rejoindre l’équipe, deux trois culottes courtes, tout au plus. Le gardien dans ses cages de fortune, deux casquettes en guise de poteaux rentrants et deux attaquants aux dribles assurés, Platoche ou JPP. Pierre, Paul, on joue, on dirait qu’on serait. D’accord ? Et les murs autour, comme équipiers, ont droit de participer, on peut taper dedans, chenaux défensifs et rigoles à la charnière centrale. En haut, par les fenêtres, le cri aigu des mères : attention aux vitres ! Et nous, têtes rivées au sol et genoux mercurochrome, tous nos mondes pour un seul but, du bruit du ballon sur les murs.

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16 commentaires:

  1. tu as le chic pour dépeindre l'enfance

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  2. Oui. Tout y est. J'entends même tous les bruits.

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  3. Mémoire auditive, madeleine sonore ..
    Je me souviens du gamin qu'on n'aimait pas, tu sais, toujours le même ganre de gosse, quoi : mais il avait LE ballon, alors on se chamaillait pour le prendre dans l'équipe ..
    Je me souviens aussi qu'on gueulait à pleine voix "qui c'est les plus forts évidemment c'est les verts-eueueuhhh", tout crottés qu'on était : c'était notre Guerre des Boutons des années 75-80 ..
    Je me souviens surtout que d'avoir des frères jumeaux m'a permis de prendre des coups dans les tibias et de me rouler dans l'herbe .... au grand dam de la mère ....

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  4. oh non, tu vas pas te mettre au foOt...
    hein dis hein ?

    ,O)

    jOli through de (mes) tes moires

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  5. Lourd le ballon en cuir, non ? Et la pompe à vélo pour lui redonner du punch qui c'est qui l'avait ? La petite soeur sur son petit vélo ? Mi-temps, goûter de tartines ?

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  6. Un souvenir d'enfance raconté en noir et blanc. Sa fraicheur et la distance du narrateur donne envie de fouiller, dans nos mémoires, des histoires de cet acabit. Le rythme du récit est bref, haletant, il traduit l'impatience, la vélocité du jeu, le court instant de liberté gagné sur le quotidien.Le texte est concis, ramassé tout en images et sons. «  Ce bruit était liberté » . Le temps de la demande de l'autorisation maternelle semble interminable traduit pas des mots longs, pesants à à dire. La cavalcade dans l escalier. « les godillots ...dévissent..la « ola »...vite, ,une succession de périphrases, décrit l'entrée en jeu, immédiate, l'équipe ? « deux trois culottes courtes »,deux casquettes en guise de poteaux rentrants ( que d'histoires contenues dans ces poteaux rentrants) ; Consensus rapide sur les règles et « les murs comme équipiers » Le cri aigu de mères, « les genoux mercurochromes », et cette fin magnifique , tous nos mondes pour un seul but « le bruit du ballon sur les murs ». Cette fin est un concentré de poésie, l'essentiel de la vie d'un garçonnet de quartier est là, le vacarme, l'intensité du moment, le corps vif, les sens en alerte, la rue, la liberté.. Pas étonnant que les traditionnelles courses de vachettes, la tauromachie qui les sublime, les festivals, des quatre coins du monde , garde ses aficionados. Rigolons , rigodons, rigolodons.
    Le talent de Christophe Sanchez outre celui de savoir jeté les mots colorés ou sonores au couteau est de rester dans le présent pour revivre un passé, ici et maintenant. « Je me souviens » la suite est à l'infinitif et au présent, comme dit par les gosses. Cet effet , utilisé , avec simplicité, une distance/présence n'abolit pas le temps mais le rapproche, rend l'action vivante pour un très grand nombre. Sans afféterie, elle suscite une tendresse amusée.

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  7. Un petit côté Cavanna dans "les Ritals"... J'adore!

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  8. Mu > peut-être parce que je suis un n'enfant encore. Merci.

    Luc > Allez vas-y, tape dans la balle. Merci.

    Manue > ah oui, je le vois, celui qui avait le ballon, le bogos au maillot bleu de l'équipe de France. Et puis les verts, l'herbe et tout et tout oui !

    Mr M > Mais t'es pas foot toi !

    Frederique > Ah oui, reste du nutella pour goûter ?

    Patrick > C'est aussi présent parce que ces parties de foot de rue sont immuables, aujourd'hui encore les murs marquent des buts. Merci Patrick.

    Isabelle C > M e r c i !! :)

    Dési > ah oui? mais sans la moustache hein?

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  9. co errante > Comme dit Manue, madeleine sonore ! ;)

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  10. J'en ai les chaussettes qui glissent sur les baskets! Bien joué.

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  11. Quand on avait fini de jouer, quand on s'était battu jusqu'à "trente-cinq à trente-deux", avant de s'asseoir, rompus mais respectueux, sur la terre ou la pierre. Que la balle était devenue molle ou trop lourde, selon les saisons, pour les deux équipes. Alors, après avoir acheté des chiques chez Georgette, on allait en pèlerinage au terrain de La Neuville. On entrait, en silence mais comme des dieux, entre les travées de la tribune d'honneur dans le stade désert... Dans le magnifique silence, nous entendions tous parfaitement la foule qui nous attendait. Nous reprenions ce peu de courage qui nous avait manqué pour en mettre un trente-sixième ou un trente-troisième qui, celui-là, à coup sûr, aurait renversé le cours des choses et redonné du sens à nos vies, déjà passablement superbes. Notre foot s'est arrêté d'être beau et noble le jour où le nom des joueurs s'est inscrit sur leur maillot, dans le dos. Ce jour là, le plaisir d'exister ensemble a été souverainement remplacé par celui, bien égoïste, de parader. Sanchez, vous écrivez sur le foot comme Louis Nucera écrivait sur le vélo. Sans que ce ne soit jamais un cirque...

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  12. Antoine Maine > cacher donc ce mollet que je ne saurais voir ! :) Merci

    La notice > J'ai écrit surtout sur le bruit du ballon. Le foot tel que vous la présentez justement n'a vraiment rien à voir. Merci pour cette belle évocation.

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