Don Jo

don jo Il a le sourire magazine, des yeux de faon pour toutes les biches, une démarche sur la pointe, une allure qui danse dans les allées, le buste droit et les mains coincées dans les poches pour faire jeune. Oui mais voilà, Don Jo n’est plus jeune, un visage aux ridules masquées à la crème Nivéa, un front aux sillons des années étalées qu’une frange grisonnante peine à cacher et dans sa voix, la rocaille du temps et le verbe désuet. Mais toujours, il rôde, le Don Jo, confiant dans ses pouvoirs enjôleurs, il arpente casinos et boîtes à la mode, un pull léger en coton bleu sur les épaules, un jean brut bien coupé et une chemise au coloris de son plus bel été. A l’affût de la jeunesse opaline et immunisé de toute timidité, il débarque sur tout un parterre de filles aux jambes longilignes. Il dévisage, ondule de la tête, la bouche en moue, il frise des sourcils quand il touche des pieds à la tête une proie concupiscente. Alors il entre en parade, klaxonne des talons, courbettes et servitudes, le suranné en séduction comme approche virile, puis il invite et distille deux trois cocktails à la lourde charge apathique pour assoupir sa prise. Un temps suffit à faire clinquer sa vie, aventures rocambolesques et châteaux en Espagne. Et puis le bout de la soirée, le pull qui tombe pour réchauffer d’autres épaules et il s’assure de conclure facile lorsqu’en galant averti, il prie la juvénile de plier ses jambes pour s’asseoir dans son coupé sport.

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