Don Jo

don jo Il a le sourire magazine, des yeux de faon pour toutes les biches, une démarche sur la pointe, une allure qui danse dans les allées, le buste droit et les mains coincées dans les poches pour faire jeune. Oui mais voilà, Don Jo n’est plus jeune, un visage aux ridules masquées à la crème Nivéa, un front aux sillons des années étalées qu’une frange grisonnante peine à cacher et dans sa voix, la rocaille du temps et le verbe désuet. Mais toujours, il rôde, le Don Jo, confiant dans ses pouvoirs enjôleurs, il arpente casinos et boîtes à la mode, un pull léger en coton bleu sur les épaules, un jean brut bien coupé et une chemise au coloris de son plus bel été. A l’affût de la jeunesse opaline et immunisé de toute timidité, il débarque sur tout un parterre de filles aux jambes longilignes. Il dévisage, ondule de la tête, la bouche en moue, il frise des sourcils quand il touche des pieds à la tête une proie concupiscente. Alors il entre en parade, klaxonne des talons, courbettes et servitudes, le suranné en séduction comme approche virile, puis il invite et distille deux trois cocktails à la lourde charge apathique pour assoupir sa prise. Un temps suffit à faire clinquer sa vie, aventures rocambolesques et châteaux en Espagne. Et puis le bout de la soirée, le pull qui tombe pour réchauffer d’autres épaules et il s’assure de conclure facile lorsqu’en galant averti, il prie la juvénile de plier ses jambes pour s’asseoir dans son coupé sport.

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3 commentaires:

  1. Christophe livre un portrait bien troussé d'un séducteur de pacotille, de casinos, supérettes discothèques. Don jo est un vieux beau qui tente de paraître jeune.Il a la technique , les manières, le style , le savoir faire, il est séducteur. Il embarque avec ses bobards et son coupé sport. Le personnage est pathétique, mais il est décrit avec l'empathie qui fait partie du coup de pinceau de Christophe.Et puis, avouons le , on est un peu jaloux de ce voleur de poules, aux apparents succès, transgressif en diable. Le personnage est vite cerné ; Il n'y a pas grand chose à en dire, il est vide comme est  pompette  « la juvénile ».Tout l'intérêt de ce billet réside dans son écriture, son style, ses métaphores ; La parade du vieux paon est décrite avec la précision de calligraphes chinois, avec une lucidité amusée, une cruauté tendre et drôle autant pour le « play boy » que pour ses victimes. « Le sourire magasine », « une allure qui danse » »la jeunesse opaline immunisée de toute timidité » »une proie concupiscente » « il klaxonne des talons » « le suranné en séduction comme approche virile », un feu d'artifices d'images fuse , éblouit. Ce billet fait rire.
    Lors d'une fiesta estudiante , s'était invité un vieux beau, un vrai , un costaud, un qu'avait du flouze, un qui pouvait en jeter. Il venait chasser dans notre poulailler. Pour lui casser la baraque, tout fut fait,slow interrompu,charivari, flash intempestif, café renversé. Tout l'amusait. Son blason était « Ferrari humanum est » . Il n'avait pas le dernier modèle mais tout de même. Dans la bande, il y avait des fous de mécanique, des gars qui faisaient des courses de côtes, des rallyes, le Monte Carlo. Ils ont bricolés les bougies du bolide afin qu'il ne bouge plus. Que nenni, le type embarque une donzelle. la bagnole démarra,ronflante . Nous le coursâmes avec nos modestes cylindrées, il risquait l'accident . Les copains resserrèrent les bougies sous le regard moqueur du barbon. Cette nuit là, nous apprîmes ce que signifiait « avoir l'air con »

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  2. on pourrait se demander aussi pourquoi les femmes veulent-elles absolument posséder celui que toutes les autres ont déjà eu....;-)) (texte mordiantre!!)
    annaj

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  3. Patrick > C'est bien ça, un mélange de stupide ces gars là et faut bien l'avouer d'admiration dans la conquête !

    Annaj > Exactement, malgré leur succès, ils paraissent toujours comme inaccessible et donc enviable, c'est très étrange en effet.

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