à quatre pattes

image C’était un grand gaillard à la mine patibulaire, toujours il arpentait les trottoirs le regard droit, le feu dans les pupilles. Qui le croisait changeait de trottoir, rien n’invitait à la rencontre cordiale. Il jouait à faire peur par une démarche chaloupe qui lui donnait une envergure de gorille en rut. Difforme et graisseux, ses cuisses jouaient d’un frottement de peau un tempo d’ogre tandis que ses bras en avant balayaient le passage et dansaient en contrepoids de ses épaules charpentes. Il parcourait ainsi la rue toute la journée, raclait le trottoir de la pointe de ses pieds, ses panards comme des palmes claquaient le pavé pour débusquer je ne sais quel trésor enfoui. Parfois, on le voyait, au loin, toujours au loin, agité et à quatre pattes dans le caniveau, semblant renifler le bitume et jonglant d’une patte sur l’autre comme un animal à l’affût de sa proie. La parade durait quelques minutes puis il se relevait et tapait des poings sur son torse dans un cri de fureur. Il balayait ensuite l’entourage en nous envoyant droit dans les yeux un rictus forcé qui plissait ses joues et dévoilait ses dents jaunes pourries. Il s’esclaffait dans l’élan comme pour se moquer copieusement de son auditoire puis disparaissait en courant.

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7 commentaires:

  1. j'ai pas lu
    j'suis sans doute hors contexte
    mais j'pouvais pas
    passer à côté

    ,O)

    http://www.youtube.com/watch?v=cwFKG0hEyP0

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  2. oh fatche ça va me courir dans la tête toute la soirée ! ;)

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  3. très vivant ce colosse, puissant, impressionnant et pourtant... même pas peur... voire touchant... beau texte

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  4. Le syndrome de King Kong associé au syndrome de Peter Pan témoignent d' une solidité psychique, d'une capacité à maitriser son environnement, chez un être si différent de la normale qu'il en est rejeté. Il s'approprie un territoire où il joue les conquérants et y fait ces affaires les plus naturelles.La description du géant est imagée, « une envergure de gorille en rut » ,Le rut, sa charge érotique démesurée, grandit le monstre dans notre inconscient. Brassens l'avait compris avec son « gare au gorille ». ».Un frottement de peau joue un tempo d’ogre. L'exotisme des cuisses djembé vient accroitre l'étrangeté de cet être. Une démarche chaloupe , des épaules charpente le font aller au rythme d'une danse étrange, doté d'une sensualité puissante ou au moins d'une forte animalité.. Il a créé ses habitus, il ne fait pas peur, il a su jouer un rite qui lui permet d'avoir une place.
    Au lieu d'être un clochard difforme, il a inventé le personnage de l'homme singe, il se met en scène et s'en tire comme cela, à l'abri des lazzis et des tracasseries des bourgeois et de l'ordre établi. Il a érigé une frontière qu'il vaut mieux ne pas franchir, sait on jamais. Christophe croque de cet homme un crobard sympathique. On aimerait que l'histoire soit vraie ou puisse continuer à l'être.En contrepoint à l'intoxication de fait divers,affreux, pour alimenter les délires sécuritaires, ces petits contes de « fous » inoffensifs sont salutaires. Nos sociétés générent de la folie à force de formatage normatif, il n'y a m^me plus place pour la folie douce.

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  5. mel > oui touchant, j'aime bien ces olibrius là ! ;)

    Patrick > Le pire c'est qu'on les assimile souvent comme dangereux, sans faire la part des choses. Sont pas dans le même monde, c'est tout. Puis parfois, me viens l'idée de préférer le leur.

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  6. Frederique > Euh Lennnie ? culture déficiente sur le coup ^^

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