Raconte-toi

raconte-toiToujours. On en vient toujours à un moment donné à parler de ça. Comme un autre point Godwin, mais pas dans l’emballement de divergences, ni dans un débat houleux que nous ne maîtriserions pas mais simplement dans la parole échangée, dans une montée en puissance des mots, dans la découverte, parce que c’est une évidence : il faut toucher ces sujets, pour se connaître, se faire confiance, se voir. Et toi, je sens bien que tu ne partages pas cette opinion, que parler est difficile et que mon questionnement, que je trouve légitime, semble t’indisposer. Comment faire l’impasse, comment ne pas savoir les chemins parcourus, l’expérience acquise, la douleur que chacun un jour a connu. Raconte-toi. Moi ce qui m’intéresse, c’est le dedans, le dedans du dedans. Tu me regardes, enveloppe, avatar social, tu ne vois qu’un ersatz, la séduction en pointe, la main dans les cheveux de la gêne, mais rien ne transparaît si tu ne parles pas dedans, si tu ne surprends pas ma voix. Assieds-toi, ne tords plus tes doigts dans l’angoisse, ne crains rien, on peut toucher des centres en tournant la langue, en la torturant s’il le faut de pensées décousues. Il faut délier, tu comprends, se deviner un peu soi-même, mettre dehors du dedans, pour toi d’abord, pour moi ensuite. Alors, laisse-toi aller, déroule le fil, laisse-moi emporter le verbe jusqu’à ce point, en rupture entre deux silences, tu saisiras alors ce qu’il faut qu’on touche tous les deux, ce qui nous tiendra un instant dans l’équilibre de nous, dans une vérité, la nôtre pas l’unique, mais celle qui permettra de vivre en nous, pour nous, avec nous, pas à l’extérieur.

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