Raconte-toi

raconte-toiToujours. On en vient toujours à un moment donné à parler de ça. Comme un autre point Godwin, mais pas dans l’emballement de divergences, ni dans un débat houleux que nous ne maîtriserions pas mais simplement dans la parole échangée, dans une montée en puissance des mots, dans la découverte, parce que c’est une évidence : il faut toucher ces sujets, pour se connaître, se faire confiance, se voir. Et toi, je sens bien que tu ne partages pas cette opinion, que parler est difficile et que mon questionnement, que je trouve légitime, semble t’indisposer. Comment faire l’impasse, comment ne pas savoir les chemins parcourus, l’expérience acquise, la douleur que chacun un jour a connu. Raconte-toi. Moi ce qui m’intéresse, c’est le dedans, le dedans du dedans. Tu me regardes, enveloppe, avatar social, tu ne vois qu’un ersatz, la séduction en pointe, la main dans les cheveux de la gêne, mais rien ne transparaît si tu ne parles pas dedans, si tu ne surprends pas ma voix. Assieds-toi, ne tords plus tes doigts dans l’angoisse, ne crains rien, on peut toucher des centres en tournant la langue, en la torturant s’il le faut de pensées décousues. Il faut délier, tu comprends, se deviner un peu soi-même, mettre dehors du dedans, pour toi d’abord, pour moi ensuite. Alors, laisse-toi aller, déroule le fil, laisse-moi emporter le verbe jusqu’à ce point, en rupture entre deux silences, tu saisiras alors ce qu’il faut qu’on touche tous les deux, ce qui nous tiendra un instant dans l’équilibre de nous, dans une vérité, la nôtre pas l’unique, mais celle qui permettra de vivre en nous, pour nous, avec nous, pas à l’extérieur.

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9 commentaires:

  1. http://www.deezer.com/listen-554973

    j'aime !

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  2. Je te remets 1 autre lien.. çà marchera p'têt !
    http://www.deezer.com/fr/#/search/yves simon raconte toi

    et sinon, tu peux écouter la chanson ds ma tour (boxnet).. ;)

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  3. Babel > C'est marrant que tu me colles cette chanson, c'est après l'avoir écoutée que j'ai écrit ce texte ! ;)

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  4. allez hop, je l'ai remontée dans le billet :)

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  5. Comment que ça pète dans le coeur ce texte... magnifique, cruel, vrai... du vécu, enfin pour moi...

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  6. Eh oui, Christophe ...raconte-moi !
    Quant à Mr Simon, il y a tellement longtemps qu'il me raconte. Mais ça vous le savez.
    Bonne soirée.

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  7. JF > oui, Mr Simon me raconte de plus en plus, en boucle en ce moment.

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  8. « Raconte toi », une invite ou une sommation ? Le texte pose les termes d'un terrible pari ,celui de la confiance dans la confidence.Il faudrait se livrer à l'autre pour l'atteindre le rencontrer , pour que naisse une vérité commune à l'un comme à l'autre, une vérité « qui permettra de vivre en nous, pour nous, avec nous ». Le texte avance dans une attente paradoxale. Il ne s'agit pas simplement de se dire, il faut encore se dire dans l'autre, il faut être le révélateur de cet autre, de cette apparence, de « cet ersatz social » , il faut passer outre « la séduction en pointe ». Il faut se dire pour écouter l'autre, trouver les chemins d'apprivoisement. Il faut se laisser aller à l'aveu de soi,de ses échecs, de ses amertumes, de ses « douleurs »et « expériences » pour espérer que dans le fil des mots, des paroles décousues, l'appropriation par l'autre de l'histoire, s'écrive un pacte, un partage, véritable fondation d'une relation bien au-delà de la séduction. Ce billet fonde une exigence d'authenticité, de profondeur. Cette plongée demandée dans le dedans de soi pour mettre à jour des boues de soi, les mettre dans le dedans de l'autre, le laisser les triturer n'est pas si facile à réaliser. Il faut savoir assumer, il faut avoir un sens aigu du respect, respect de soi, respect de l'autre. Surnageant au-dessus de ses gouffres personnels , aller se jeter dans les gouffres d'autrui, il faut du courage et de la solidité pour se laisser embarquer dans l'espoir d'en sortir non pas lessivé , mais lavé, ressourcer. Cela ne se fait pas avec n'importe qui.On atteint les limbes du royaume d'utopie.

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