Il était trop haut

Il était trop haut Il était haut, trop haut, et les corneilles ou autres oiseaux à l’envie de se goinfrer l’avaient complètement dépouillé, par les branches les plus basses, ces idiots, eux qui peuvent voler et atteindre pour nous les inaccessibles. Au moins une heure de marche avant d’arriver à son pied, chemins escarpés et forte pente, mais dans les paroles de mamé, le plaisir était au bout. Ce plaisir simple, sur les chemins de terre jaune, les pieds dans des sandalettes qui glissent sur les cailloux, l’odeur du printemps achevée sur nos pas, il fallait avancer et le sourire, la faconde de mon aïeule, les histoires d’antan à chaque tournant, m’aidaient à cheminer vers l’arbre tant désiré. C’était arriver tout prés, la joie dans les oreilles d'entendre les piafs déguerpir. Derrière la barrière, au bout de la vigne, il était là, planté à nous attendre. Sauter et courir les derniers mètres, le rouge dégoulinant déjà dans ma bouche et arriver, tourner autour, déplorer les éclatées sur la terre, les pourries sur branches, les picorées peu de chair. Et grimper, les genoux qui râpent l’écorce chaude, atteindre les plus gorgées et les arracher sans les queues sous les cris de mamé et son panier d’osier. Les presser légèrement entre les doigts pour sentir leurs joues rouges mouiller mes doigts de soleil, puis les gober une à une la bouche en éclat de sucre. Ça pègue les mains ! M’en foutre partout, le short tâché et le torchon de mamé qui claque mes fesses pour me faire descendre. Il est trop haut, tu vas de casser la margoulette ! Redescendre, panier rempli à picorer pour le retour, trainer dans les ruisseaux, ne pas vouloir rentrer caché en contre-bas du chemin et la couleur des yeux de mamé, comme des cerises éclatées.

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4 commentaires:

  1. Je sais! Je t'ai vu tout barbouillé revenir à la maison dans les rues gorgées de soleil ...
    Et Mamé, elle faisait des confitures avec ces grosses perles rouges d'été?

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  2. Bien sûr Epamin' et aussi de la pâte de coins qu'elle mettait à sécher dans le grenier. :)

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  3. La mamé, il y a dans ce mot , tout les respect des gens du sud pour les anciens. Respect qui les tiens vifs, vaillants ,complices coquins des jeunes générations. Cette réflexion ne diminue en rien votre affection pour votre mamé à vous. Vous avez du vous en goinfrer des bigarreaux et des burlats. Vous avez , probablement,appris à les cueillir en faisant tourner « le bouquet de mai » de façon à garantir une belle récolte la saison prochaine . Vous connaissez les règles de la cueillette des cerises. Un cerise par heure et un noyau à suçoter pour la soif. Surtout ne pas abimer l'arbre, respecter ses feuilles, ne pas casser ses branches. Maintenant, il y a une technique plus urbaine, les gens de passage, tirent une branche, la cassent et picorent au sol. Il vous nettoie un arbre pire qu'une nuée de sauterelles.
    Les cerisiers que les japonais vénèrent restent présents dans les mémoires de ceux qui ont eu la chance d'en avoir. Cet arbre se taille peu. Vous le retrouvez ,vieilli,comme vous l'avez laissé.

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