Les yeux de la ville

Les yeux de la ville Doit y avoir dans les coins, au carrefour, dans les tours, dans les cours, à chaque angle de trottoir, je le sens. Doit y avoir des yeux. Impression persistante que je suis suivi, regardé, épié, les yeux de la ville, comment il pourrait en être autrement, tant de regards qui ne se voient pas, tant de croisement de vies sans vie, de passagers anonymes aux indénombrables pas, de traces éphémères à foison laissées sur un bitume souillé comme autant de dangers potentiels au coin de chaque feu, trop d’accès, de laisser-le-passage au sens interdit. Comment imaginer que personne, plus haut, une entité cachée au permis délivré par quelque liberté violée ne me regarde pas. Impossible, que je, que nous, marche, marchions libre au milieu de cette profusion de béton armé jusqu’au down, au centre de ce marché fragile en perpétuelle crise, beaucoup trop de biens, de mal, de gens, d’argent. Trop de trop dans la ville pour la laisser sans surveillance, trop de lumières, trop de strass pour ne pas garder un œil sur elle, sur ses trésors enfouis, sur ses gens trop prégnants qui auraient vite fait de détruire, marcher sur, mâcher dedans, couper court à la cité rangée. Pas question de parano, pas ici de plan sécurité ville, de 1984 en big-brother aux lunettes à grosses montures, juste quelques délateurs sans nom derrière des réverbères modernes, des éclats dans la nuit, des gardiens fantômes aux cagoules transparentes.

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