Les yeux de la ville

Les yeux de la ville Doit y avoir dans les coins, au carrefour, dans les tours, dans les cours, à chaque angle de trottoir, je le sens. Doit y avoir des yeux. Impression persistante que je suis suivi, regardé, épié, les yeux de la ville, comment il pourrait en être autrement, tant de regards qui ne se voient pas, tant de croisement de vies sans vie, de passagers anonymes aux indénombrables pas, de traces éphémères à foison laissées sur un bitume souillé comme autant de dangers potentiels au coin de chaque feu, trop d’accès, de laisser-le-passage au sens interdit. Comment imaginer que personne, plus haut, une entité cachée au permis délivré par quelque liberté violée ne me regarde pas. Impossible, que je, que nous, marche, marchions libre au milieu de cette profusion de béton armé jusqu’au down, au centre de ce marché fragile en perpétuelle crise, beaucoup trop de biens, de mal, de gens, d’argent. Trop de trop dans la ville pour la laisser sans surveillance, trop de lumières, trop de strass pour ne pas garder un œil sur elle, sur ses trésors enfouis, sur ses gens trop prégnants qui auraient vite fait de détruire, marcher sur, mâcher dedans, couper court à la cité rangée. Pas question de parano, pas ici de plan sécurité ville, de 1984 en big-brother aux lunettes à grosses montures, juste quelques délateurs sans nom derrière des réverbères modernes, des éclats dans la nuit, des gardiens fantômes aux cagoules transparentes.

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5 commentaires:

  1. Brrrrrrrrrrrrrrrhhhhhhh... ça fait peur!

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  2. muriele > ben moi aussi, te regarde, mais on se voit pas, tu vois ? :)

    mel13 > meuh non, pas y penser et pi c'est tout. :)

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  3. Sept textes de retard ! De la tache de soleil, j'arrive dans ta ville inquiétante, au rythme des phrases nerveuses de cet étonnant patchwork que tu compose au fil des jours. Je ne suis jamais déçu.

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  4. ce texte a ma première personne du singulier interpelle par les paradoxes de la foultitude qui rend aussi anonyme que,terriblement visible.La ville fourmille d(inconnus qui nous resterons étrangers et qui, pourtant, nous voient, nous connaissent, nous racontent. La ville bruisse d'une folie bavarde, attentive au petit détail dans un effet de masse. La ville est paranoïaque par essence. Si tous les gens qui se croisent et s'ignorent , allant chacun vers leur buts assignés, décidaient de s’arrêter , de se saluer, d'aller dans la même direction, l'emprise de la ville disparaitrait. Au désordre aléatoire, chaque jour répété,succéderait un chaos qui chercherait à donner du sens au non sens. Ce texte traduit cette inquiétude ,cette angoisse,ce désir latent, injectés dans l'individu urbain.

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