Marque de grands

Marque de grandsOn dirait maintenant qu’on serait déjà grands, qu’on accélérerait, qu’on grandirait encore plus vite, les jours en centimètres on prendrait. Sur le mur, dans l’encadrement de la porte, on grandira, c’est sûr, c’est parti. Avec un couteau sur la tête, talons serrés sur la plinthe, on s’appliquera à être bien droit devant l’âge, faut arriver vite à celui des verres, tu sais, celui qu’on voit au fond. Un chiffre pareil doit faire grande taille. On marquera, fine entaille dans le bois, et on effacera rien bien sûr parce qu’il faut voir combien, ébahis des yeux des parents, combien on a grandis entre marques, combien encore on grandira. Pas besoin de normer, inutiles réglettes encore illisibles, aux marques graduées qui ne veulent rien dire, il faudra juste comparer le nombre de doigts de papa en plus, de la petite à la plus grande phalange. On voudra tricher, c’est normal, ne pas quitter chaussures qui faussent, talonnettes qui gagnent des années de grands. On préfèrera prendre mesure les jours où tignasse pointe, touffe de cheveux qui agrandit ou, avec sourire en coin du garnement, gruger l’attention de ceux qui ont fini de grandir, en pointant discrètement des pieds talons remontés sur le haut de la plinthe. On dépassera alors, viens on y va, on dépassera un jour la plus haute saignée dans la porte. Allez, marque aujourd’hui pour voir par rapport au mois, à l’an passés. Marque, marque encore et dans longtemps, nos yeux bifferont de la mélancolie sur les murs scarifiés.

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6 commentaires:

  1. j'aime particulièrement ce texte là

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  2. Cérémonial obligatoire au début de chaque période de grandes vacances chez nos grands-parents. Longtemps je fus la plus grande de tous les petits-enfants puisque j'étais l'aînée mais un jour, mon cousin me dépassa...
    Texte admirable...

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  3. Tout mes moufflets y sont passés, et le cadre de porte du cellier de la cuisine s'en souvient encore...une couleur pour chaque enfant...et au fil des années un arc en ciel rouge,orange,jaune,vert,bleu qui se répète et s'élève...et lorsque la petite dernière m'a enfin dépassé j'ai ressenti comme un choc et me suis sentie toute petite tu vois ;).
    Bises, Annick.

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  4. Muriele > Merci.

    Epamin' > Et là, c'est le drââââme ! :)

    Annick > tu m'étonnes avec toute ta marmaille, et suis sûr qu'il y a aussi toutes les marques des autres, amis, copains de passage etc. :)

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  5. Ce texte est quasiment exempt de mélancolie, il est au contraire source de vie. Il est l'eau donnée aux<plantes sans parcimonie pour qu'elles s'épanouissent. Il est des rituels qui signifient beaucoup. Belle page à tourner.

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  6. Tant que vous passez par les portes, Christophe! (Ça ne durera pas vu votre talent! hu hu!:)

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