Nuit pressée

Nuit pressée
La nuit pressée d’en finir bat son noir, je dors à moitié. Une envie de pisser tyrannique me bloque le ventre et me pousse à sortir de ma léthargie à moins que ce ne soit cet orage de vent tout aussi soudain qui bât violemment dans mes volets. La vessie pleine de flot, la rue qui se déverse, le vent puis l’eau, la boue puis ma moue, mon corps nu accroché aux rêves veut continuer à s’agripper aux pinces du sommeil. Lutter pour se rendormir. Impossible de se lever, pourtant ça presse au dedans, le bruit de la pluie en douche accélère la fuite mais la masse compacte et invisible de la nuit me colle au lit et dehors du vent encore et de l’eau toujours, en grosse giclée sur les vitres. La rue, une rivière au cours bruyant ; mon corps, un torrent souterrain au barrage fragile. Une paupière s’écarte en râle sur un filet éclair qui jaillit de la fenêtre, voilà maintenant que ça gronde au dehors, que ça résonne dans le dedans mais mes yeux gorgés de miel se renfrognent, disent non à ce jour moche et mes mains se rejoignent, planquées à l'entrecuisse. Résister, position fœtale pour endiguer la crue, un coussin entre les jambes, un autre sur le visage en côte d’oreilles, il me faut oublier cette aube trop provocante, je pisserai plus tard.

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4 commentaires:

  1. Ah? Vous aussi? Ah la vieillesse, quel naufrage! (Pour ma part, j'ai opté pour le vase de nuit. Simple, pratique et rassurant.)

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  2. Pétard ! Je n'y avais pas pensé ! Trop tard, la sonde est posée maintenant.

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