Oreille collée à la plage

Oreille collée à la plageOreille collée à la plage, j’écoute le bruit des galets, c’est sourd et puissant, comme un bruissement qui se confond avec le dedans, à ne plus savoir ce que j’entends : mon corps qui bout et son ébullition qui remonte en geyser engourdi à mon oreille ou alors un récital souterrain sous le sable, un de ses concerts au creux des coquillages posés là, une couleur chassant l’autre, blanc et noir comme un clavier géant. Une alliance des deux, il faut croire. une seule voix qui murmure, un son continu qui remplit ma tête, aère l’intérieur, dépoussière neurones et contacts vrillés, une seule ligne qui transperce le tympan, sans mélodie mais en harmonie avec le décor. C’est un mesclun frais de notes étouffées d’un silence et d’acouphènes crâniens qui marinent en agapes. Et la paix autour qui prend son pied, je suis seul dans ce lieu si agréable à l’apprécier, c’est étrange. L’autre oreille en suspension dans le vide n’entend même plus le cri des mouettes ni le ressac, ni aucune vague déferlante, pas plus que l’écume qui joue, c’est le calme plat, une huile qui n’atteint pas mon rivage.

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