Quel pitre !

clip_image002Un pitre, c’était un pitre ce gars-là ! Personne ne pouvait l’arrêter, et quand on essayait, il fallait s’attaquer à sa tête de clown, à son regard en biais, tête baissée et pupilles relevées. Une tête de chien battu qu’il nous faisait alors et si on continuait à le réprimander, il était capable d’aller plus loin dans la blague, de s’ébrouer de tout son poil comme s’il était mouillé, de japper rauque comme un sale cabot qu’il était, voire même de se mettre à quatre pattes tout en vous rabrouant la jambe de son front jusqu’à son échine. Un sacré mariole ce gars-là ! Jamais à court d’idées pour amuser la galerie, les enfants en cortège l’aimaient, à le suivre n’importe où, dans d’impossibles aventures au dénouement grotesque. Des défilés dans la cour, en grande pompe, il singeait l’autorité, le général d’armée en personnage gauche à la voix haut perchée scandant des uns et des deux à la reprise rieuse des enfants. Un grand dadais à la marche ridicule, tête en l’air et bicorne tordu, qui ravissait autant les gamins qu’il agaçait les oligarques de l’école.

Oui, quel zouave, celui-là ! Souvent, on avait voulu le virer, se débarrasser de ce bouffon qui mettait à mal le règlement intérieur, tournait toute autorité en dérision. Mais en vain, au même titre que les murs, la cambuse ou le préau, il faisait partie du décor. Personne ne le disait mais il était le contrepoids au fardeau de l’institution, à la pesanteur du directeur, à la rigidité des surveillants : une envolée dans un monde de paralysés.

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3 commentaires:

  1. J'ai traversé quelques classes sans pitre... Je les ai détestées !

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  2. Le pitre,une nouvelle figure est croquée avec un florilège de mots qui décrivent les mouvements, les postures.Vous voyez juste, le pitre jouait une vraie fonction sociale.Il torpillait l'institution dans ses travers, la décontenançait de vérités mises à nues. Il désamorçait bien des conflits latents y compris entre écoliers. Le pitre, le vrai ,était bienveillant,attachant. L'autorité glissait sur lui sans trouver prise, il était désarmant. Petit théâtre ambulant et solitaire, il révélait le tragique de la comédie scolaire, le non sens fondamental. Le pitre était ,aussi, souvent un cancre. J'ai connu un pitre excessivement brillant, il était un sujet d'exaspération, un électron libre, une révolution, à lui tout seul. Les cancres étaient les contre poids sympathiques de la lourdeur scolaire. Le monde des cancres semblaient être le monde de la vraie vie, ils en connaissaient les mystères on faisait gamins, face à eux, les élèves rangés,studieux. Quand les cancres partaient en charivari avec les pitres à leurs têtes, la messe était dite, l'école faisait profil bas, de subtiles et secrètes négociations se nouaient. Que d'histoires à raconter ! La plus innocente, il y avait, au collège, une fratrie de quatre frére dont les père et mère étaient professeurs agrégés, s'il vous plait, du bahut, le grand père un latiniste réputé.Ils faisaient les 400 coups et pas des petits. Le surveillant nouvel arrivé en attrapait un , nom , prénom, classe, convocation chez le surgé. L’élève niait, s'indignait de son innocence,prouvait qu'il n'était pas sur les lieux du délit. Le surveillant était appelé, il arrivait sur de lui. Mais, il ne reconnaissait pas le fautif, en bafouillait, perdait de sa contenance. Le Surgé, matois, le laissait s'enfoncer avant de le gourmander, de lui faire étouffer l'affaire. Ils avaient ce pacte les frangins, ils inter-changeaient leurs prénoms . C'étaient des malins.

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  3. Cat > Oh! ça n'existe pas les classes sans pitre ! Jamais connu ça moi !

    Patrick > Ah oui mais là c'est pas la même "classe" ce sont des manipulateurs de haut-vol vos frangins là !

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