Dédé et Maurice

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S’en fout le Dédé de ce qu’on pense de Maurice, de sa sale gueule de taulard, de sa balafre sur la joue, de ses coups de sang, les soirs imbibés. Oui, il roule pour lui, le Dédé, pour son Maurice, ferait n’importe quoi pour lui. C’est bien simple sans Maurice, Dédé serait pas Dédé. Une simple loque sur un trottoir qu’il serait, si Maurice il l’avait pas sauvé ce soir-là.

C’était en décembre de l’an passé, dans une impasse, le Dédé, il cuvait lentement sa vinasse du jour entre deux conteneurs verts. Une baguette dure dans les gencives, il avait pu la gnaquer, mordre à pleines dents dedans, mais voilà pas eu la force de la retirer, alors s’était endormi comme ça, ce con-là, le pain sec dans la mâchoire et un fond plastique de Villageoise entre les jambes. Deux paumés l’avaient surpris dans son somme, à la fraîche, devait être cinq du mat’ pas plus. Venaient là pour leur piquouse ces putains de junkies puis ils ont eu peur quand ils l’ont vu étalé là de tout son long, l’ont cru mort sûrement, étouffé par son tros de pain. Puis, ce con de Dédé l’a commencé à gémir dans sa barbe alors y en a un qui a flippé et cet enculé-là, il a commencé à balancer des coups de savates dans la gueule au Dédé. Des coups de lattes dans le pain sec, à lui coller les miettes dures dans le gosier au Dédé, façon angine blanche. Et c’est là qu’il s’est pointé le Maurice, fringant dans son costume soixante-dix, genre Al Capone couplé à Rambo, tu vois. L’a pris les deux marioles par le colback et les a envoyés valser dans le décor, chacun son conteneur, le cul au chaud sur les tomates pourries de l’épicier du coin, tu vois. Fallait voir, l'a ramené pas les ostrogoths !

Voilà et depuis ce jour là, le Dédé, il peut dire qu’il l’aime son Maurice. S’en fout de sa gueule de taulard, de sa balafre sur la joue, de ses coups de sang. S’en fout même, fais semblant de pas savoir, que ce soir-là, le Maurice, il est retourné après l’avoir couché au Dédé, l’est retourné les refroidir les deux lascars. C’est avec deux gros trous comme des figues dans le front qu’on les a retrouvés au matin, les cons.

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7 commentaires:

  1. Vive Maurice!! C'est mon ami!!

    Quelle belle histoire! Je me suis cru dans un roman américain.

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  2. pluplu > Américain !?! Avec une baguette de pain ? Bon sang de bonsoir, pluplu, c'est pas amerloc ça ! :-)

    Luc > oui hein comme le monde

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  3. Ah, j'en suis friande de ces tranches de vie façon Audiard.. çà fleure bon le vieux Paname et ses p'tites frappes au grand coeur !

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  4. C'est enlevé, çà cogne, c'est bourré d'images, c'est drôle ce qu'il faut.Quand vous touchez au Grisby, vous n'attendez pas la fin de l'envoi!

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  5. Babel > Paname et ses Arletty et autres Gabin gouaillant ! :)

    Patrick > oui comme Maurice, faut les éclater façon puzzle ;)

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  6. moi j'en dis que le noir ça manque de rose quand même, et le côté fleur bleue de Dédé ça fout les jetons l'amour qui rend aveugle et tout et tout... Non, sérieusement, j'adore...

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