Qu’on en finisse !

Qu’on en finisse !Qu’on me le donne ! Qu’on me le passe sur la tête ! Je ne veux pas. Je ne peux pas. Qu’on me laisse tranquille sur mon livre, les yeux en perte sur les lignes, sur le flou de ce que je ne lis pas, qu’on me laisse juste le regard posé sur le creux des pages, sur un vide livide, si vide. Qu’on me laisse attendre ! Attendre que l’heure sonne pour fuir. Loin. Ou alors qu’on me le donne de suite ! Je n’irai pas de toute façon. Ne monterai pas sur la scène. Ferai colère. Sourde. Muette. Je ne sais pas. Je ne sais rien. Rien de la leçon écrite là sous mes yeux qui se brouillent. Qu’on me le donne ! Je ne veux pas aller. Je ne veux pas monter. Monter sur cette estrade. N’irai pas. N’irai pas au tableau. Affronter tant d’autres regards inquisiteurs, moqueurs, sales. Non. Pas me déshabiller de haut en bas, veux pas de cette pression sur moi. Sur ma bouche en rond hébété, sur mes mots qui ne sortiront pas, sur mes yeux tombés sur chaussures, sur cette angoisse baveuse dans ma voix étranglée, dans mon ventre concave de regards en coups de poing assénés. Qu’on me le donne ! De suite ! Qu’on me le donne mon bonnet d’âne ! Qu’on en finisse !

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7 commentaires:

  1. Mon Dieu faites qu'avec ces ânes je Vous vienne.
    Faites que, dans la paix, des anges nous
    conduisent
    vers des ruisseaux touffus où tremblent
    des cerises
    lisses comme la chair qui rit des jeunes filles,
    et faites que, penché dans ce séjour des âmes,
    sur Vos divines eaux je sois pareil aux ânes
    qui mireront leur humble et douce pauvreté
    à la limpidité de l'amour éternel.

    Francis Jammes

    alors monsieur Sanchez. vous nous direz bien votre petit poème devant vos camarades...hum... ?!

    annaj

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  2. Le bonnet d'âne, le coin, les lignes, la liste des humiliations par lesquelles l'école enfournait le savoir dans les caboches.Les prix, les classements n'avaient pas bonne presse non plus; Il y avait l'angoisse de ne pas en avoir ou d'avoir un lot de consolation qui ne trompait personne, il y avait l'angoisse d'en recevoir, d'être exhibé sur l'estrade comme un veau de comice agricole sous les quolibets des copains habiles à détecter le fayot.
    C'était l'école des lazzis!

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  3. Merci! Suis bon pour les cauchemars cette nuit! Des années que je n'avais pas rêvé de l'école...

    (Superbe, Christophe! Sur la photo, c'est vraiment vous? ha! ha!)

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  4. annaj > Mon dieu, mon dieu, il est beau mais jamais je n'oserai !

    Patrick > Ah tiens, avais pas pensé au veau de comice agricole. L'image est bonne !

    mel13 > et ben un seul aussi, un grand : MERCI !

    pluplu > oui, c'est moi mais me demande s'ils ne me l'ont pas un peu trop enfoncé ces couillons !

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  5. On dirait un abat-jour! Mais c'est plutôt un abat-joie ce bonnet d'âne!
    J'aime beaucoup tout ce que vous écrivez Christophe.

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