Qu’on en finisse !

Qu’on en finisse !Qu’on me le donne ! Qu’on me le passe sur la tête ! Je ne veux pas. Je ne peux pas. Qu’on me laisse tranquille sur mon livre, les yeux en perte sur les lignes, sur le flou de ce que je ne lis pas, qu’on me laisse juste le regard posé sur le creux des pages, sur un vide livide, si vide. Qu’on me laisse attendre ! Attendre que l’heure sonne pour fuir. Loin. Ou alors qu’on me le donne de suite ! Je n’irai pas de toute façon. Ne monterai pas sur la scène. Ferai colère. Sourde. Muette. Je ne sais pas. Je ne sais rien. Rien de la leçon écrite là sous mes yeux qui se brouillent. Qu’on me le donne ! Je ne veux pas aller. Je ne veux pas monter. Monter sur cette estrade. N’irai pas. N’irai pas au tableau. Affronter tant d’autres regards inquisiteurs, moqueurs, sales. Non. Pas me déshabiller de haut en bas, veux pas de cette pression sur moi. Sur ma bouche en rond hébété, sur mes mots qui ne sortiront pas, sur mes yeux tombés sur chaussures, sur cette angoisse baveuse dans ma voix étranglée, dans mon ventre concave de regards en coups de poing assénés. Qu’on me le donne ! De suite ! Qu’on me le donne mon bonnet d’âne ! Qu’on en finisse !

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