Tu disais, tu vois

Tu disais, tu vois

C’est toujours une surprise, tu disais, toujours une surprise ce désir qui creuse le ventre, sans raison, là, subitement, il te prend, tu disais, tu sais pas d’où il vient, pourquoi maintenant, pénible, pas le moment de, et tu renâcles à le laisser te pousser au dehors. Toujours un malaise qu’il provoque ce désir, tu disais, il me met mal, tu vois, il m’indispose, gêne ma tenue, les mots que je voudrais dire là, que je voudrais te dire là, à l’instant où il te saisit, sauvage, puant, troublant, sexuellement troublant, tu vois. Je sais pas si tu me comprends, tu disais, les yeux bouleversés par les formes introduites du désir, par le prisme du mien, de désir, du mien, appétit que je darde malgré moi, que j’accueille pour ce qu’il est, que je prends, que je m’essaye à te donner. Pas les même ondes, tu disais, malentendu, mal vu, pas les mêmes gestes que toi, tu disais, pas envie de, pas faire là, pas le temps, trop vite, trop brusque, tu vois. Moi je comprends, je m’écoute, je sais que, pas possible, tu vois, mais toi, tu comprends pas que, tu disais, tu comprends pas que, tu répétais sans finir tes phrases en esquivant le trop, en tournant le dos, le dos au désir, tu disais, je le veux, je te veux, mais il faut que je décide, tu vois.

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4 commentaires:

  1. Le dos au désir...

    Il se tenait là, devant elle, le dos au désir.

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  2. L'écriture hachée de ce petit billet, cette interpellation de l'objet du désir, dans un dialogue intérieur, arrive à traduire la nécrose qui s'installe face au désir qui ne sait pas se dire, qui ne trouve pas ses chemins de satisfaction, qui se heurte à une incompréhension fondamentale. Christophe Sanchez arrive à saisir ce moment particulier où l'amant(e) vous saute à la gueule, vous renvoie à une maladresse fondamentale face à une pulsion sauvage qui veut le rester et que nul ne sait comment satisfaire. Dans ce moment là, l'autre existe ,totalement. Il est là avec ses codes indéchiffrables,ses attentes non identifiables, ses désirs en tension qui le sortent de lui même et le projette vers l'objet,aimé ,nu,désarmé,exigeant. En laissant filtrer la somme des contradictions, hors de toute analyse extérieure, l'auteur arrive à cerner l'indescriptible acmé d'une relation.

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  3. Insaisissable, le désir et donc toute tentative est maladroite, un prise trop directe sur les ailes d'un papillon.

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  4. Petite honte à lire, à partager cette intimité qui est mienne, pourtant...

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