Parle au petit

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Que ne fais-je, que ne suis-je devant le petit, face à ses yeux écartelés, sa tête qui se lève sur moi, m’interroge en permanence de son air pantois, de son œil qui frise ? Que ne ferais-je, que ne serais-je, si je le perdais, si disparaissait cette lumière qui balaie mon sérieux, qui me libère synapses et connexions autres, relations distraites avec le monde. Que n’existai-je, sans lui, sans sa petitesse de taille, sa grandeur ingénue de l’esprit jaillie de ses années de liesse où régnait le plein bonheur d‘y croire ? Que ne vivrais-je libre de penser, maitre de mes réactions face au cassant des réparties, aux pieds dans le plat de ma crédulité ? Que ne serais-je aujourd’hui si je ne savais pas qu’il me suit partout tel un jiminy cricket bondissant, questionnant, taraudant l’adulte pour qu’il redescende, qu’il se rappelle à la vie, aux rires qui éclatent, aux sentiments purs et directs de l’enfance qui transcendent. Que ne ferais-je, que ne serais-je si dans mon dedans, je n’arrivais plus à parler au petit ?

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