Calcaires #VasesCo par Anna Jouy



Crois-moi je le connais ce mur, comme de la peau flasque derrière laquelle dormiraient des algues et des désirs
Je le connais du bout du doigt, de la langue, de ce goût de salpêtre que me laissent la nuit, le froid et les briques, une à une cimentées entre nous
Mur qui dort, mur qui marche
Je n’entrerai nulle part, aucune faille pour mon lierre, pour l’affleurée essentielle
Il paraît que de l’autre côté il y a un jardin sans écaille où déambulent des poissons d’amour
La muraille de ton corps est faite des rubans de tous ceux qui en sont morts
Je vois l’épouvantail mitrailleur, le gardien à deux têtes
Je n’entrerai pas
Alors collée adhésive sangsue, je ventouse les pierres
Chaque caillou chaque gravier pour pénétrer ton secret
Parmi les montagnes, il en est sûrement une au col étroit, à l’utérus assoupli
Je glisserai entre toutes mes eaux patiemment cultivées.
Tu sais sans le savoir mon désir, le désir de vivre.
Dépouillée parfaite comme un œuf entre tes doigts
Tu finiras par m’accorder naissance.- Ose ton métier d’homme qui est de faire des femmes- !
Tu finiras, juste pour la magie je sais. -pour l’art me diras-tu
Et dans ma coquille neuve
je frapperai le mur, la prison où tu me laisseras mourir
sans doute
sans m’accorder le droit à mes oiseaux.

Anna Jouy

Plaisir d'accueillir aujourd'hui Anna Jouy du blog éponyme. Allez découvrir sa poésie tranchante et à fleur de peau.

Vous trouverez mon texte en échange ici enseveli et ici bien visible la liste des autres participants aux vases communicants d'avril toujours préparée par l’infatigable Brigitte.