Du haut du tabouret


Il descendait du tabouret comme s’il s’agissait d’une montagne. En rappel. La cordée arrimée au zinc se formait de bras aidants, petits piolets sécurisés pour maîtriser le vertige naissant. Des bras forts en maîtrise supportaient le poids de son corps imbibé. D’uns soutenaient les épaules, d’autres se portaient à la taille pour éviter que le tournis du vide ne prenne sa tête et ne fracasse sa carcasse dégingandé au sol, la tête explosée sur le parquet rocheux du troquet.

Il avait les yeux mi-clos et le râle facile. Des grognements anisés accompagnaient des gestes pâteux censés se débarrasser de l’aide inconvenante. Mouvements asynchrones qui n’arrivaient même pas à chasser les mouches. « Je vais y arriver, poussez-vous donc ! » grommelait-il ponctuant ses ruades verbales de petits rôts hoquetés. Et dans l’agacement son pied gauche glissait sur le barreau cerclé du tabouret, en va-et-vient, du talon aux bouts de ses sandales. Un faux mouvement et le rond de bois filait entre son pied et la semelle lisse de transpiration. Prisonnier de son joug, il se débattait dans un équilibre précaire pour retrouver appui et consistance. L’autre pied dans la même action errait en apesanteur formant des ronds dans le vide, le grand vide sous les hauteurs transalpines du tabouret. 

Une oscillation de bassin, infime mais brusque, et c’était la chute. La cordée braillait des « oh » et des « doucement, on va t’aider ! ». Des ricanements en échos résonnaient dans la salle, réflexion des hautes cimes, narguant l’intrépide buveur qui avait voulu s’attaquer au Mont Blanc de la biture.

Descendre, maintenant, il fallait descendre. Ou pas. « Patron, c’est la mienne ! »


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