Euro-eucharistie

Il était une fois l'eurovisionHier soir, juste évoquée, pas regardée. Mais à nouveau un point d’ancrage, un souvenir vif des années salon papa-maman devant l’écran. Chaque année, cette cérémonie dont personne ne parle le reste de l’année débarque dont ne sait où, OVNI télévisuel ostentatoire dans sa majesté multi-télévisée – euro-mondo-vision – lardant l’espoir d’une communion planétaire légère et insouciante.

Rien ne filtre de ce qui s’y trame en amont, de qui fixe les règles de cette euro-eucharistie populaire. On s’en fout. Peu nous chaut de connaître la sélection des pays, leur langue imbitable. De qui choisit telle ou telle république du Caucase au nom imprononçable qui expose paillettes en direct sa capitale baroque et endimanchée ; de qui tire de la chansonnette au milliard de téléspectateurs, l’extatique réjouissance de faire connaître pour un soir un nom de pays jusqu’alors inconnu mais qui le redeviendra au petit matin, groggy, two points dans son escarcelle ; de qui tire ficelles pour transformer ces peuples opprimés étonnamment euro-solidaires autour d’une poupée beuglante.

Reste que l’émission est massivement regardée, décryptée par les journaux du dimanche comme le marronnier de la belle saison. Demeurent des familles regroupées autour du poste dans le sentiment patriotique de gagner, de voir s’afficher par myriade des « twelve points » comme s’il en pleuvait. Puis il y aura Off sur le générique, on oubliera et l’euro, et la vision, un sourire kistch jusqu’aux oreilles, pavillon garni de canards de tout pays.