Petites choses qui débectent

Habitude d’un autre temps, autre de vivre, quand l’éducation stricte se permettait d’oublier l’élémentaire savoir être, l’hygiène naturelle, le respect de soi pour le respect de l’autre. Toutes ces choses qui aujourd’hui coulent dans la mémoire, madeleine souillée qui découpe dans le temps ce que tu vivais hors de nous.

Petites choses qui débectent l’enfant.

Les mouchoirs de tissu, à carreaux de couleurs assorties ou simplement blancs brodés, tarabiscotés à tes initiales, vieux mouchoirs déjà avant même que tu le sois, transmis dans le trousseau de jeunes mariés, mouchoirs que tu abandonnais sur ta table de nuit ou au creux de tes draps, séchés en boule par ta morve ou tes glaviots de toussoteux. Partout, tu les semais, maculés de rhume chronique, jaune nicotine comme une offense faite aux aïeux, eux qui les lavaient au battoir, les séchaient au soleil et les pliaient en quatre, soigneusement rangés dans la grande armoire normande.

Petites choses qui fixent l'absence

Dans tes pensées, les yeux en rade, brouillés par l’absence de toi, ta manie, doigt furetant tes poils de nez aussi seul dans ton corps qu’au milieu de nous, ta famille désincarnée. Te revoir chercher au plus profond les babottes surprises, les soigner en petite boule à l’air libre pour les jeter à regrets longs dans ton cendrier. Cristallisation de ton invisible présence dans ce moment sorti du temps où, perdu de nous, tu t’épuisais à racler ton corps pour te punir de n’être là. Puis te surprendre, dans un excès de lucidité, revenir à nous parce que pris le doigt dans ton sac d’ennui et d’impuissance. 

Petites choses qui souillent la mémoire.

Sales habitudes qui marquent l’enfant à qui l’on répétait la propreté, la délicatesse, l’hygiène pour le qu’en-dira-t-on. Ainsi appliquer à exister par le propre comme si le dehors allait nous jeter l’opprobre. Tandis que toi, tu lavais ton dedans faisant fi du silence crasse qui nous avariait.