La ceinture

La connerie qui vrille et c’en est trop. Tu dois agir. Tu menaces. Toujours tu menaces de sortir la ceinture de ton pantalon. Tu vas même jusqu’au geste, ta main sur la boucle jusqu’à défaire le premier cran. Tu me toises. Toi, l’autorité incontestée, il faut que tu assumes, que tu assures devant moi et surtout face à ta femme, regard bleu acier, qui t'implore de sévir. 

Après avoir haussé le ton et être entré dans la colère des pères, tu singes désormais la violence à venir, le châtiment ultime : la flagellation à grands coups de ceinture en cuir. 

Tu simules si mal que tes mots s’engluent dans des semonces de plus en plus molles. Tu le sais. Je le vois sur ton visage. Tu perds pied. La menace, si elle n’est pas très vite suivie de faits, perd toute sa force. Peu à peu, au son de tes mots effilés, la colère s’évanouit dans ton impuissance à desserrer la ceinture. Ta main vissée à la taille ne parvient pas à tirer le coup sec qu’il faudrait pour la déloger ; celui qui me ferait fuir sous la table ou courir dans la maison en animal traqué à la recherche de son terrier.

Tu menaces. Moi je sais. J’attends juste que ta scène trouve sa chute, que les portes claquent comme dans tout bon vaudeville, que tu fasses bonne figure face à ta femme implorant la correction. Et le final arrive comme prévu, sans surprise, dans un excès de rage qui ressemble plus à de la frustration qu’à un courroux. J’attends la punition, la translation de ta représentation. Et c’est toujours la même sentence, la même issue pour ne pas perdre la face. Tu remets nerveusement le cran de ta ceinture pantelante et d’un bras dressé salvateur, tu m’envoies paître dans ma chambre jusqu’au prochain repas. 

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