Saudade

Dans la lumière crue d’un matin de rien, il vole un espoir à la nuit pour ne pas s’essayer au jour. Il panse une à une les escarres de la veille. Les yeux en persiennes, il ravaude ce que son sommeil n’a pas su réparer : petites fêlures aux méninges, grains de sables sous la dent, rognures d’ongles coincées sous la peau. Il raccommode à gros filets ses pensées avec les restes d’un rêve heureux. S’essuie le regard sur la brume épaisse de novembre et sort de son sommeil le peu d’allant que le rêve a su tendre.

Par la fenêtre, la vie en coupe franche. Les plumes de la nuit jonchent les trottoirs suants de rosée fraîche. Les matutinaux les battent du talon et dévissent leurs jambes sur la torpeur du matin. Une mouette écrase un sourire sur ce théâtre gris. Il glisse un doigt sur la vitre glacée, fait disparaître la buée puis souffle son haleine fétide pour la reconstituer. Le dehors s’évanouit puis renaît ainsi de sa main et de sa bouche Sous l’épais le gros jaune tente désespérément de poindre. Lui restera figé là toute la journée, il le sait. Il restera là. A chercher des alternatives plus solides à ce jour au goût de beurre rance.

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