L'élégance des louves

Tu as cette démarche vive. Le pas ferme sur le sol, tes pieds embarquent un son mat dans la légèreté de ta silhouette. Tu marches vite, déploies ton corps dans la ville comme pour l’épouser. Le sang dans tes jambes semble circuler plus vite que dans les autres jambes. Elles sont chargées d’énergie, ta peau est tendue de douceur et de vigueur. Un mélange d’air léger à hauteur d’homme et de violence sur le pavé.

Tu as cette prestance, cette élégance des louves. C’est ta ville. Chaussée plat, jean et pull ample, éternelle adolescente à l’allure grunge, tu arpentes le trottoir en conquérante. Tu ne le sais pas. C’est ton corps qui le dit. C’est tout autrement dans ta tête : tu es la bête apeurée, les fêlures en artichaut. C’est ton long cou, c’est ton menton qui porte haut, ce sont tes seins fiers et tes hanches galbées qui marquent la rue. C’est cette force-là qui émane de toi, la guerrière aux mille souffrances. Tu appelles et suintes sur les marches. Pas par la bouche mais par les pores. Tu appelles au corps, à l'attraction des corps.

Tu as ce grain de peau, cette douceur violente. Quand nos cuirs se frôlent en ruelle, jaillit un courant continu, un shoot de plaisir à damner tous les camés. C’est ta peau qui inocule le désir, qui fait monter la température de la ville. Tu marches et c’est ta peau qui réchauffe l’air de la rue, qui plante les phéromones en aiguilles sur mon derme. Tu piques vif dans la chair, effaces des murs le gris de l’hiver et fais disparaître de mes veines les substances malignes.

Tu as cette force de vie des guerrières amazones. Tes bras, tes jambes sont des pattes ambulatoires. Tu pourrais circuler à quatre pattes, animale et arachnide, tu n’en serais pas moins belle. Mais tu es debout dans la vie. Mère de famille et femme libérée. Amante féroce et amoureuse transie. Le sein offert à toutes les âmes en peine mais toujours prête à croiser le fer avec les indésirables. Tu marches dans la vie, le cœur brouillon mais sans cangue. Tu t’es faite toute seule, tu es taillée pour la route. Croqueuse de destins et promise au chantier des amours.

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire