Mots à lames

A la rondeur des matins se cogne le vif des émotions. Elle parle tôt, dès le réveil. Elle assomme la peur par des mots tranchés, des questions perpétuelles en bouquet de ronces. Elle me cause au dedans, m’enfonce un canif dans le ventre et tourne la lame dans les boyaux.

Mon ventre est un excavation creuse. Il n’y a que déchets de l’âme et pitances non digérées. C’est le creux trop plein où baignent les souffrances. Si tu racles le fonds, tu remonteras et crèvera la plèvre. Le couteau pointera mes poumons, le pu coulera et tu en auras plein la bouche. Ne viens pas chercher ce que je m’évertue à cacher.

Elle pose des questions trop ouvertes. Elle oublie le binaire de l’homme. Le noir, le blanc. Le oui, le non. Le gris est souillon, mixture de l’intellect. Le peut-être est malaise. Le couteau doit trancher sans triturer, tailler le vif plutôt que couper la couenne.

Ma tête est une gourde de mots et son enveloppe une panse de porc. Parle à ma tête, c’est elle qui régit mes émotions. Je contrôle mon cerveau, pas mes boyaux. J’ai dans la parole la dextérité d’une dendrite mais peu de mots sur l’intestin grêle. Si tu parles trop à mon ventre, tu grilleras quelques synapses et il en sera fini de nos matins. 

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