NOUS #VasesCommunicants - @MemoireSilence

Nous sommes le premier vendredi du mois et ce sont les vases communicants - chacun écrit sur le blog d'un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.
Aujourd'hui plaisir de recevoir Franck Queyraud, bibliothécaire de sont état, qui officie sur Flânerie quotidienne - où vous pourrez retrouver mon texte en échange - mais aussi sur twitter et instagram en Mémoire de silence.
Nous avons écrit sur le Nous cher à Franck qui nous invite tous, nous lecteurs ou auteurs, à s'emparer de l'ouvrage de Bernard Noël, Monologue du Nous.

NOUS



Nous. - Composés de fragments. Ne sais jamais tout à fait comment le tout réunit les parties ; soudées pourtant. Il n’y a pas de miracles. Que cette capacité à jubiler. Que l’on réussit à découvrir puis développer ou pas. Jubiler, c’est voir ; voir, c’est comprendre. Ensemble, c’est préférable. On ne peut pas toujours. Les trous dans les chemins sont nombreux. On peut y tomber. On y tombe. On se relève. Jubiler, comprendre. Des tout, aimerions être…

Deux. – C’est quoi être un tout ? On n’est souvent qu’un je. On joue pour être Nous, deux. N’y arrivons pas toujours à cause du je, indispensable. Pour être nous, il nous faut d’abord être un je. On est trop sérieux après 17 ans.

Je. –  Sensations, douceurs, frissons, plus rarement plénitude. Cela que je recherche. Cela que nous recherchons ? Plénitude. Revivre ce, ces moments de plénitudes éprouvées ; ce, ces moments dégagés de toutes les inutiles ambitions. Fatiguons aujourd’hui de par toutes ces ambitions et impératifs décrétés. De trop plein, avons besoin… De desserrer le carcan… marcher de nouveau sous les tilleuls verts de la promenade… avoir de nouveau 17 ans. Etre un écrivain, c’est écrire ce nous, sans cesse, ne pas se contenter du je. Convaincre est impossible. Susciter, donner l’envie est plus raisonnable. Les miracles n’existent pas…

Les autres. – Ces petits textes ici ne sont que gestes, regards, mains tendues, propositions de posture sans autre dessein que d’être échanges ou zone de liens et encore, exercices spirituels qui ressembleraient à des bouteilles jetées à la mer. Regarde-moi, je te parle. Écoute-moi, je te donne à voir. Non, toi, dis-moi… Qu’as-tu à me raconter, à me montrer ? Sous quel toit, sous quel ciel, tu vis toi ? Et ainsi, va notre vie… après laquelle nous courrons… la pause est essentielle…  S’essouffler ne mène nulle part. Vases communicants, belle traduction entre ton je et notre nous.

Nous. –  Celui qu’on est ? A qui l’on ne voudrait pas ressembler ? On ne devient pas toujours qui on est. Celui qu’on est ? Et l’on n’a pas envie de se coucher sur un divan pour autant. L’introspection doit être personnelle. Avec les actes qui suivent, démontrer que l’on a compris ce que l’on croit avoir compris. Trop d’intermédiaires trop attentionnés se glissent entre nous.

Nous. – Elle m’a écrit que le souffle avait été travesti. Le souffle ou le mot qui le désigne ? Que le mot ait perdu son sens, je suis d’accord. Pourtant… serait comme mistral qui dure trois, six ou neuf jours selon les anciens assis sur le muret à surveiller sans passion, leurs moutons. N’empêche, nous : le souffle... A réinventer chaque jour. Même si tout, pourrait être remis en cause à chaque instant. Menace qui nous maintient vivants.

Nous. .- Sommes. Additions. Agrégats. Sédimentations. Couches vivantes ou mortes, stables ou instables, interactives. Pour être constellations, sur le chemin, cheminer. Ou luxe ultime : flâner. Suis encore sur sentier tortueux, un contemplatif nerveux. Celle qui m’accompagne modère cette nervosité, cette inquiétude primale… Nos je se conjuguent à partir de nos pas. Vouloir, c’est choisir.

Nous. – Le temps. Et les objets que nous fabriquons comme substituts. Pour combler le vide, les vides, nos vides. Mais aussi dire le temps. Le marquer. Fasciné, suis, par les marqueurs mémoriels qui nous tiennent. La mémoire. Le Silence.

Les antinomiques. – Des pollutions. Ce crétin qui ne combine réussite qu’avec possession… d’une montre. Le seul chemin réaliste reste de nous extraire du temps. L’art, entre autres, sert à cela. Escalader la berge. S’assoir au bord du flux qui jamais ne cesse. Etre hors du temps, même pour peu de temps, même pour un court instant.

Je. – Nous, c’est comme je. Mais on peut être difficilement plus que deux. Même si j’en avais les moyens, je ne posséderai pas la montre de l’autre crétin. Ne peut comprendre ainsi que tous les gredins qui l’accompagnent, et qui, souvent, nous gouvernent, maîtres es-combines. Pas d’autres choix pour la plupart que de se taire pour manger.

Je. – N’aurais pas perdu mon temps. Ne pas entrer dans le moule même s’il est rare de pouvoir s’en extraire. En tout cas, sans cesse essayer. Résister. Au crétin et aux gredins. Il faut accepter leur titre de perdant en souriant. Ce serait comme une médaille… mais…

Nous. – n’aimons pas les médailles. Rires…


Silence.

Franck Queyraud

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