Un après-midi, à Kiev #VasesCo - Nicolas Bleusher


Le premier vendredi du mois, ce sont les #VasesCommunicants. Chacun écrit sur le blog d'un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.

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Je reçois aujourd'hui Nicolas Bleusher, écrivain (Les années Traversière chez Numériklivres https://www.7switch.com/fr/ebook/9782897176990/les-annees-traversiere). Nicolas est à suivre sur https://nicolasbleusher.wordpress.com/ où vous pourrez lire mon texte en échange (http://j.mp/vasesco-nb-cs). Nous écrivons à partir de la photo ci-dessous de Gunnard Smioliansky (http://www.gunnarsmoliansky.se/).

Un après-midi, à Kiev

Crédit : Gunnar Smoliansky (1957)
Le regard braqué de l'homme, sa pommette en saillie, sa bouche de profil, dessinée, sensuelle, énigmatique. Sur son visage impassible les lignes tendues, invisibles, qui les relient. Je descends le bras laineux, puissant, confortable, suis le coude jusqu'à la main gantée qui, largement, enveloppe une emmitouflée que je suppose fragile, fragilisée — si l'on considère l'incongruité des carreaux noirs en hiver — qui accepte le geste tendre, supporte la pression compassionnelle.

L'iris est brillant, la paupière ne tremble pas. Il a cette légère contraction au coin des lèvres — comme si la commissure était prise à l'hameçon, remontée avec une infinie précaution depuis la joue — qui ne fait pas encore un sourire mais que nous percevons, indéniablement. Est-ce de la vanité, de la forfanterie ? Est-ce de la gêne ? Est-il un usurpateur, un opportuniste qui, se sentant découvert, impliquerait d'un air cynique notre indiscrétion à sa manœuvre ?

Sur les planches d'un banc public, un couple en clair obscur. Un après-midi, à Kiev. Olga ne dit rien. Elle va doucement incliner la tête, la poser au creux d'une épaule accueillante. Vitaly s'est retourné, surpris, flatté, amusé d'être observé, cadré, capturé par le photographe. C'est un homme amoureux. Il nous le dit d'un plissement retenu, avec une connivence touchante et silencieuse. Il protège, il rassure, il prend soin. Il en est fier, ému, simplement. J'aime cette idée. Et l'instant, argentique.


NB