Aube au goût d’orge

Derrière les rideaux au soleil caché, la rue fraîche et piquante dort de son plus beau pavé. Quelques gouttes d’eau, perles des chenaux, adoucissent le zinc des fenêtres et curent l’air découenné des pollutions d’hier. 
J’ai la vue en persienne des matins trop tôt mais dans la bouche un goût d’orge quand le soleil timide vient percer une goutte et étaler un champ de millet sur les toits. Une lumière chaude vient danser avec les fenêtres et les ampoules filtrées des bannes viennent d’un jaune paille se conjuguer avec le miracle du jour nouveau.
Le pavé se lève, luisant des rosées d’octobre. L’air matutinal gonfle l’atmosphère d’une froideur aux pieds à vite réchauffer et ceint les toits froids de métal d’une auréole bleue. Le haut et fin mur de cheminées suffoque quelques nuages comme si c’était lui qui faisait la combustion du jour.
Je tire une taffe sur ce théâtre de couleurs et écrase le mégot sur le rebord d’une aube calme et douce. J’enferme la fenêtre aux miroirs dans ma boîte, clos le store bleu par la tirette plastique et ma bobinette cherra. Je répète le noir de la nuit et retourne me coucher.

Une photo publiée par Christophe Sanchez (@chsanchez) le