Nouvelle aube

Quand vient la couverture de feu, aux aplats de l’étang et que dans la nuit traînante, le reflet fait voir à mon ombre combien elle est seule, je fixe l’instant dans l’eau obscure d’un tourment. La beauté secoue le dedans, rend humble l’orgueil qui ceint le corps du jour dans le monde. D’un paysage qui s’endort comme d’un autre qui naît, les tapis de lumière sont brossés et font voler une poussière fine pour oublier, le temps d’une nuit, la vie du jour et sa cacophonie. Parce que la nuit chuchote au jour, lui dit qu’il parle trop et ment. Elle le retient dans ses bras. Pour elle, demain n’existe pas tant que l’ombre résiste. Et même quand l’horizon disparaît, qu’elle se fait noire comme une éternité, elle ne fabrique pas le jour prochain, elle mange l’ancien, lape les souvenirs, se pourlèche les babines des scories du jour qui aveugle. Elle boit la lumière, prend à grandes lampées des rasades d’oxyde de mon ombre qui crie en déraison de vouloir vivre du jour au jour suivant. La nuit dévore, la nuit embarque le jour dans son lit, l’étreint et, démise, le passe au tamis d’une nouvelle aube qu’elle ne croit pas. 

Etang de Palavas - 02/11/2015 - 18h45