Vieux vinyles

J’ai rayé quelques disques, de vieux vinyles de Bashung qui trainaient encore là, en vertige de l’amour. Le diamant est usé. Il dérape sur les sillons quand vient l’heure de pousser la chansonnette. Le bras est désaxé. Il ne touche plus vraiment la surface, il s’efforce de s’accrocher mais patine sur les vocalises, saute, trébuche et retourne à des refrains lancinants. 

J’ai gravé sur la platine des lettres et une date à l’Opinel. Le phonographe de mes vingt ans joue encore de belles mélodies mais je n’ai plus que de vieux trente-trois tours dans ma besace ; des appétits éculés qui ne font plus danser que les vieilles filles. Des ritournelles, quelques bluettes et le tout empesé recouvre de poussières les années de mange-disque. 

J’ai bu la nostalgie jusqu’à la lie et offert en partage une vie de mélancolie. La platine tourne à vide avec un pas de métronome. Les galettes noires à trous tournent désormais dans la tête, à allure constante dans un déclin assuré. La tirette en balance qui ferait ralentir les tours de quarante-cinq à trente-trois ne fonctionne plus. Elle reste bloquée sur le rythme à souffle court des jours de querelle sombre.
« Vinyl albums ». Sous licence CC BY 2.0
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