Jaune

Dans tes yeux, le jaune cristallin fond et roule. Tout ton visage devient jaune, tout ton corps est jaune. Parti de la foi en toi que tu n’as jamais eue, parti de la première fois où tu as goûté la liqueur anisée. Le jaune est ta couleur, celle qui t’a emporté par le foie. Qu’est-ce qui gémit dans le plaisir de ce jaune-là ? De ce petit jaune d’amitié bu avec joie sur les terrasses… jaunes ? Jaune, partout. Le gros jaune – le soleil. Le petit jaune – ton soleil. Pourquoi faut-il que le plaisir de s’enivrer, d’un temps se déclarer autre, tue ? 
Le jaune est venu jusqu’à ton coeur, mélangé l’amer et le sucre, s’est glissé dans le sang déjà parcouru de lie, s’est frotté à l’aorte, a musclé tes forces, agi comme carburant d’une pompe à espoir pour un jour finalement t’occire en quelques heures.
Il reste des tables au jaune écumé, des terrasses qui rejouent les apéritifs en laissant ivres morts quelques-uns de tes amis. Les carafes bleues d’eau et de glaçons, les noyaux d’olives, les cendriers triangulaires jaunes, les bouteilles vertes au goulot d’argent, te regardent encore lever ton petit verre d’anis. Une mesure pour trois de flotte. Une mesure pour enrayer le mouvement de ta glotte. Salive encore, mon père, la fée jaune de ta vie.

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