On t'a passé par la fenêtre

On t’a passé par la fenêtre. Il faisait chaud, trop chaud. Il fallait te passer par la fenêtre. Dans le salon, il faisait trop chaud. Malgré deux ventilateurs, un à tes pieds qui haletait le long de ton corps, l’autre près de ta tête qui agitait quelques mèches sur ton front ; malgré ça, malgré le souffle dans le salon, malgré le bruit des pales qui tournent pour briser le silence et rafraichir la pièce, il faisait encore trop chaud – il faisait trop de vide. C’était en juillet. C’était le vingt-deux ou le vingt-trois, ou peut-être même le vingt-quatre. Je ne sais plus. Je me suis arrêté au vingt-et-un de ce mois de juillet. De toute façon. Pas plus de vingt-quatre, c’est sûr. Vingt-quatre, c’était le jour de cet été deux mille un, c’était aussi la température ultime et intime à ne pas dépasser. Au-delà il fallait te passer par la fenêtre, rapidement. Sinon tu risquais de ne plus ressembler à un vivant. Sinon le maquillage – poudre, fond de teint, kohol, rouge à pommettes – qu’on t’avait mis sur le visage allait disparaître. Sinon il en serait fini de tes lèvres retroussées comme si tu riais encore. On t’a passé par la fenêtre. Pieds en avant. Quatre hommes. Deux à l’intérieur, depuis le salon où les ventilateurs se sont tus, t’ont poussé par la tête, après t’avoir mis une dernière bière ; t’ont posé en équilibre sur le seuil, entre deux, t’ont poussé. Deux à l’extérieur où la température était chaude encore plus chaude trop chaude, deux à l’extérieur qui transpiraient du front et sous les bras, deux qui ont tiré, t’ont tiré par les pieds, t’ont tiré de là, de là où ton visage faisait encore croire que tu étais vivant, t’ont tiré de chez toi. Pour un endroit où la chaleur ne pèse plus.