Magda et lui

Que ne cesse ce gris. Que le soleil ne revienne pas. Magda n’en veut plus, n’en peut plus. Désormais depuis qu’ils se sont enfuis, le soleil et lui, elle en a assez des percées du ciel, des aurores à mille feux qui ne sont plus qu’incendies dans son corps. Dans cet endroit sans fard, de toute façon, le soleil se lève rarement ; pour elle, il n’y a jamais eu que des ersatz attisés par l’astre que fut cet homme. Elle a cru à ce succédané, à cet homme proche de la fission de l’atome, un homme en couleurs, un mari à protons qui irradiait les peaux jusqu’à les brûler. Et il l’a brûlée, lentement il l’a consumée de l’intérieur parce qu’elle a cru, presque toute une vie, à son doux pouvoir.

Magda épuise encore un peu de ses rayons. Ce matin, elle est montée sur le toit étendre les nappes de son chagrin. Sur la terrasse qui surplombe la ville, elle a vidé quelques rêves par-dessus le balustre. Un instant elle a voulu partir avec eux, se laisser prendre par l’apesanteur et le vent qui secoue les quilles. Elle a rêvé d’une dérive qui la ramènerait à lui, jusqu’à retrouver le vertige et les brûlures sur les joues. Elle ne l’a pas fait, elle n’a pas sauté.
Au loin, le brouillard s’installe sur la baie. Elle reviendra ici chaque jour éplucher le manque qui pèle sa peau ; elle reviendra jusqu’à quitter complètement le soleil. 

 © Jing Huang

2 commentaires:

  1. Je suis très sensible à ces lignes.
    En Bretagne où il y a beaucoup de vent (et aussi du soleil) étendre des draps et des nappes c'est leur donner procuration pour absorber les larmes. Une sorte de métaphore du chagrin, je trouve.
    alors: je viens de commander Rats taupiers. Bonne soirée.

    RépondreSupprimer