#RatsTaupiers Ceci n’est pas un extrait #4

La terre pleure depuis ton départ. Elle ne pleure pas ton absence. Elle en a vu d’autres disparaître, déguerpir au petit soir sans un au-revoir. Non, elle pleure de ne plus être. Simplement. Parce qu’elle ne donne plus rien que du chiendent. Cette herbe folle qui étouffe la vie, cette herbe que je prenais pour un molosse aux grands crocs, cette herbe comme des métastases a bouffé et recouvert tout ce qu’il restait de vivant. Elle a envahi ton territoire de friches pour toujours et ceint les rochers vers lesquels ton regard se perdait. Les puits sont secs, les arbres nus. Quelques rares rats taupiers continuent à ronger des racines sèches. Quelques, peu, une dernière famille, paumée dans des cryptes de terre dure, trace un chemin vers la cabane. Je parie qu’en tête le plus vieux aux poils gris hérissés se souvient de toi et rode à vue entre les pierres pour se faire capturer.

Ceci n’est pas un extrait de « Rats taupiers » à paraître le 8 juin aux Editions des Vanneaux.