Paul et Josépha

Le fruit de nos actes se révèle souvent à langueur d’un matin d’été. Quand le monde s’écroule autour de nous, c’est dans l’ordinaire qu’il le crie.

Josépha a tenu bon pour lui. Entre ses dents, elle a serré le torchon de peur qu’il ne brûle. La colère étouffée, elle a endossé la vie dans un cortège de contraintes dont elle n’a jamais imaginé l’intensité ductile. Les années, des dizaines, ont tiré avec la poussière des replis ombrageux entre les casseroles de la cuisine au cul noirci, le salon – petit ventre au décor spartiate et véritable réceptacle aux angoisses diurnes comme nocturnes – et son lit défait où sur le traversin, des ombres ont maculé son esprit de taches indélébiles.
Paul. Le petit Paul, malgré lui, a collé à sa mère l’impossible mission d’exister dans cette maison aux murs saturés d’amertume. Josépha et son fils ont rassemblé ici leur peine dans un édredon tendre dans lequel chaque nuit ils ont pu se retrouver, se blottir et tenir. Dans un seul et même mouchoir, ils ont essuyé la désillusion provoquée par celui qui aujourd’hui s’en va.
Derrière le carreau brisé, Josépha sourit presque ; l’ombre rogne ses derniers os. Sans y figurer, elle naît d’un reflet et regarde s’éloigner le foin de son chagrin. C’est un matin de chaleur douce où Paul déjeune d’une tranche de pastèque fraîche. Lui aussi ouvre des yeux perplexes. Il mord dans le fruit les graines de l’attente et de sa bouche exsude une coulée sucrée, un peu d’amour qui suppure de la fuite. Leur vie bascule et tous deux se demandent dans quels draps ils vont dormir cette nuit, maintenant que l’édredon est percé.

 © Bohumil Puskailer Petržalka II. 1960 - 1962