Au bout de la rue grise

14.3.18

La rue a remis sa robe grise. Elle bâille parfois s'ébroue contre le vent mais rien n'arrête le gris qui la recouvre. Il en faudrait du temps pour écrire ce qu'elle souffle au visage du passant. L'odeur est indescriptible, nappée de fuel et de boules de pollens venues des maigres mimosas qui la bordent. Fuel jaune à l'arôme d'un rendez-vous derrière la station-service, au bout de la rue grise. Mélange de parfum délicat et de danse macabre dans le tableau de ces deux jeunes gens glissant à travers les pompes pour aller s'en griller une en douce, sans peur de voir s'embraser leurs bouches d'un bouquet d'étincelles. Il en faudrait du temps pour savoir ce qu'elle a dans la tête, la rue grise, pour ainsi laisser libre deux adolescents grisés par la découverte du feu. Mais peut-être est-ce mieux qu'ils découvrent eux-mêmes le danger, et du gris, et des flammes qui peuvent sortir à tout moment de leurs corps et les calciner sur place. Peut-être est-ce mieux qu'il faille du temps pour savoir qu'un baiser peut prendre feu, au bout d'une rue grise.

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