Inconsolés

3.4.18

Derrière l’horizon, la rue approche avec son lot d’inconsolés, têtes basses. La rue, cet espace non protégé où l’homme, toujours aux aguets, tire sur le quotidien comme on souffle sur des braises. Sans cesse il alimente le feu de la marche. Parie sur son équilibre précaire, défie la peur de tomber. Prie pour que ce qui lui permet d’être debout, lui l’étrange bipède, tienne encore un peu tandis que la rue avance avec son convoi d’imprévus, de masques sous l’ombre, de lumières trop crues, de vertiges aux épaules larges, de pensées bizarres, de craintes irraisonnées face à tous ses voyages aléatoires. Il marche sans trêve dans la rue qui approche, vers ce véritable monstre aux dents rentrées, au corps irrigué de pulsions imprévisibles. Il continue de croire que la rue nous maintient ensemble, nous les passants anonymes, nous les marcheurs invétérés, nous les éternels inconsolés, qu’elle nous contient dans un groupe qu’il nomme encore société. 

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