Le cri

16.6.18

Aujourd’hui, il me semble que la rue me répond. Que mon cri jusqu’alors passé sous silence resurgit du bitume par l’intermédiaire d’une voix qui me ressemble mais qui reste étrangère. Il s’agit d’un cri que j’ai vraiment lancé mais qui retombe maintenant comme s’il ne m’appartenait plus. La rue l’a rendu anonyme, lisse, impersonnel ou plutôt l’a recraché sans vergogne après l’avoir mâché des années dans sa bouche. Ce cri avec d’autres ont donné naissance à la langue de la rue, rugueuse comme celle d’un chat de gouttière ; bien pendue, baragouinée par tout le monde, criée si fort et depuis si longtemps que plus personne ne la reconnaît comme la sienne.
Mon cri s’est tordu à force d’être rabattu. Il n’en reste qu’un borborygme qui s’insinue dans chaque poche de la rue. Combiné à des sons gutturaux aussi indigestes que des bruits de tuyauterie, il fait partie d’une nouvelle langue nauséabonde pareille à l’eau usée des caniveaux. Pétri par la voix de multiples individus, il est ce filet de mots sans saveur, sans caractère qui, par les tuyaux, rejoint d’autres cris parmi d’autres eaux usées parmi d’autres rues.

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