Je griffe

22.4.19

Je suis derrière toi à griffer tes cheveux. Mes ongles ont durci avec les années. A force, ils sont devenus de véritables peignes à chasser les angoisses. Je griffe, masse et biffe le temps sur ta crinière folle. J’ai les doigts enroulés dans un poème. J’en tisse quelques vers tandis que s’allonge ta nuque au fur et à mesure que ma main traverse ton crâne. Je peigne et tu es le métronome. Chaque passage donne la note et la cadence, de la fourche à la pointe. Gestes maintes fois repris, gestes imprimés dans nos mémoires, gestes de retrouvailles quand les mots s’épuisent à trop vouloir dire. Je griffe, tu tends le cou. Je griffe, tu lèves les épaules. Jamais compris comment ces gestes sont venus à moi, pourquoi ils sont devenus rituel. Ils sont là spontanés, descendus de l’instinct animal, besoin primaire que personne ne pourra plus jamais nous retirer. 

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