La veillée

image [ le mini-barbu ] Je suis le benjamin de la famille. Dix-sept ans me séparent de ma sœur aînée et quatorze de ma sœur cadette. Je suis donc le dernier de la fratrie à croire encore au père Noël. Charmant mensonge qui parcourt les siècles et que tout parent s’astreint à maintenir le plus tard possible, même pour les enfants comme moi survenus trop tard et par erreur.

Maman a rejoint papa dans le salon. Elle le réveille sans ménagement. Je l’entends grogner depuis l’embrasure de ma porte. Je me tiens accroupi, les mains au sol et les yeux emplis de sommeil. Malgré la fatigue qui m’étreint, je surveille. Par chance, ma chambre donne directement sur le grand couloir au fond duquel trône le sapin. C’est là que le mini-barbu va jaillir de la terre pour que la métamorphose magistrale s’opère.

La maison s’endort. Posté dans la chambre d’à côté et après m’avoir soutenu dans cette aventure par quelques chuchotements excités, Bastien semble s’être endormi derrière sa porte. Déjà deux heures que je fixe les guirlandes clignotantes, seules lumières persistantes dans le sombre couloir. Les petites lampes scintillent dans une cadence parfaite et éclairent les trois premières rangées de carreaux noirs et blancs. Je suis aux premières loges pour le spectacle. Maintenant allongé, ma tête repose sur le sol dur et les ronflements de papa à l’étage me bercent lentement. Les illuminations du beau sapin se brouillent, s’estompent et finissent par disparaître. Je m’endors.

Un grand fracas me fait sursauter. La lumière du couloir se répand sur le seuil de ma chambre dans une couleur blanchâtre aveuglante. Il fait déjà jour. J’ouvre péniblement les yeux tandis que ma mère pousse brutalement la porte de ma chambre qui vient heurter mes genoux repliés. Elle me découvre avec stupeur, me prend par le bras et me remet dans mon lit. Tout est allé très vite. Je n’ai pas eu le temps de jeter un œil vers le sapin. Les bruits continuent. Le ballet monotone et ordinaire du matin.

J’entends les pas lourds de papa dans l’escalier, la machine à café qui siffle puis le tintement des petites cuillères dans les tasses. Impossible de me rendormir sans savoir. Il faut que je voie si le pied du sapin s’est garni de cadeaux. Et surtout si le sol garde des stigmates de la percée du mini-barbu. Maman va et vient dans le couloir, s’affaire sûrement aux préparatifs du repas de midi. Je ne peux plus me glisser hors de mon lit pour lorgner à la porte. A coup sûr, elle m’entendrait et me flanquerait une correction.

Je ferme les yeux et j’imagine. Peut-être Papa va-t-il, après son petit-déjeuner, combler le trou béant laissé par le père Noël. Il sera alors trop tard pour vérifier les dires de Bastien. Je me trouverai une fois de plus sans explication plausible. J’aurais beau posé la question, je n’obtiendrai aucune réponse tangible, comme d’habitude. Je me ravise. Mon neveu m’a expliqué. Il est minuscule, c’est un lilliputien. La trouée doit être imperceptible à l’œil nu. Malgré mes cogitations, je finis par me rendormir et me mets à rêver.

Tout petit, microscopique. Une percée, une déchirure, un éclat qui surgit. Puis, je grandis. Trop vite. Personne ne me voit. Un accident, une perforation. Je suis tout petit et je perce. Est-ce que j’existe ?

A suivre.

12 commentaires:

  1. Toujours autant de charme :-)
    J'ai cessé de croire au Père Noël en me réveillant au mauvais moment, quand mes parents allaient prendre les cadeaux cachés dans l'armoire, chez mes grands-parents (c'était minuscule)…

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  2. Une phrase maladroite (pas comme les tiennes, Arf!) de ma maman à mon papa, dans la voiture, alors qu'ils nous croyaient endormies, ma sœur et moi: "Ben, tu crois encore au père Noël?"
    Une explication s'ensuivit et ce fut la fin de de la magie de Noël pour l'aînée que je suis.
    Ma petite sœur dormait vraiment, elle. Elle a appris la terrible vérité, plus tard!

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  3. j'ai posé La Question à ma mère un soir de décembre 78 à Macon dans la voiture qui nous ramenait de lécole:

    "Il existe le père Noel?"


    "Ben non!" me répondit-elle sans emphase.

    sobre et efficace.

    a+

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  4. Je n'ai pas eu le temps de me réjouir... C'est à 5 ans que ma cousine un brin sadique m'a révélé le complot.. Et ça tout en repassant des robes de poupée avec un faux fer à repasser...
    Le choc fut tel....
    Qu'une trentaine d'année plus tard...
    Devant les jouets de Noël au supermarché quand ma fille de quatre ans et demi m'a dit "Maman, je préfèrerai que ce soit toi le père Noël, car au moins je pourrai tout de suite te dire ce que je veux et ça serait bien"...
    J'ai répondu évasivement sans mentir un truc du genre "Tu ne crois pas si bien dire"... Qu'elle n'a pas relevé, car la phrase n'était pas compréhensive pour une enfant de 4 ans.. Mais elle a sans doute intégré doucement... Idem pour Lucas, ni l'un ni l'autre ne se rappellent où quand et comment ils ont su que le père Noël n'existait pas.. C'est parfait....

    Tes petits textes sont brillants comme du papier cadeau de Noël...

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  5. Le coucou > Figure-toi que je ne m'en rappelle plus du jour où j'ai su. Etrange. :)

    Epamin' > Comme quoi faut se méfier de nos expressions parfois. :)

    Philippe > héhé, les chats font pas des chiens. :)

    Elle > Merci. Tiens, ça me fait penser qu'il faut que j'en achète, du papier cadeau :)

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  6. C'est quand même malheureux de raconter des histoires aux enfants... Tu as bien raconté ce trouble qui pousse à tenter quelques investigations. Je me souviens moi aussi avoir fouillé avec mes frères et soeurs dans les placards de la chambre des parents pour trouver les cadeaux de Noël !

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  7. ouais ben moi je brode et brode sur l'existence de ce pere noel...

    peut-être que mes enfants m'en voudront quand ils sauront la vérité... mais je m'en fiche (y a pas de parents parfaits, ils me reprocheront de toute façon plein de trucs : normal je suis la mère), en attendant je construis un conte, une univers plein de bruits, de vallées étranges, de personnages imaginaires, bizarres et drôles.... je leur expliquerai que moi j'aime nourir les rêves, les miens, les leurs...que parfois les rêves s'effondrent mais qu'il reste toujours des poussières brillantes dans un coin de la tête

    cette histoire de père noël je la construis pour eux et pour moi, pour nous trois (malo anaelle et moi ;)...
    j'aime pas le rationnel (manque de maturité sur ce coup là ? j'assume ;)

    biz
    Mu

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  8. Mtislav > Un trouble, des troubles. ça ne se voit pas encore beaucoup, mais le trouble est ailleurs. ;-)

    Mu > et là je colle la citation qui fait office de sous-titre à ce blog en haut dans la barre latérale : " Nous méconnaissons ce qu'il y a d'encore enfantin, pour ainsi dire, dans la plupart de nos émotions joyeuses. [ Henri Bergson ] "
    :)

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  9. moi j'me rappelle
    que j'ai tiré la gueule à mes parents
    ( pendant des jours )

    j'avais déjà un caractère de gueux

    -O)

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  10. De gueux ?! mouarf ! ça me plait ça, je vais le ressortir :)

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  11. Chouette texte, Arf. Tu m'as emmené dans mes propres Noël. J'avais tenté de surveiller son arrivée, sans succès non plus. Et un jour, ce fut fini, plus de père Noël. Depuis, il n'est jamais réapparu. Jamais. Jamais jamais. Le salaud.

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  12. tu as fait ta percée par le trou ,
    je vois ton oeil qui observe :p
    tu existes , pas de doute

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