Alvin, de lui vers C. (6)

image [ Alvin, de lui vers C. (5) ] Aucune identité véritable ne transparaît sur le blog de Cassandre. Comme pour Alvin, la seule représentation éventuelle de la web-dreameuse est une photo placée discrètement dans l’entête de sa page d’accueil. Un visage féminin et deux mains qui l’entourent. Les mains de Cassandre ? Son visage ? Rien ne le précise. Les avatars représentent rarement l’auteur d’un blog. Certains même affichent la photo de leur star préférée, joueur de foot ou héros préféré de BD, laissant par cette discrétion physique planer le doute sur leur visage, leur âge ou plus largement leur apparence générale. La peur suscitée par l’internet et amplement relayée par les médias traditionnels est certainement la cause première à cet anonymat. Pseudo et avatar sont devenus les garants d’une posture incognito. Chacun se cache, se protège derrière un sobriquet et une image plaisante. Bien que ce phénomène tende à se réduire avec l’arrivée massive des réseaux sociaux sur lesquels la véritable identité a fait une entrée fracassante, les blogs personnels sont encore sous couvert. Malgré l’exposition intime dont ils font souvent l’objet, le nom et le visage de l’auteur sont toujours très peu communiqués. C’est un fait, ces endroits virtuels où « l’extimité » s’étale demeurent l’antre du secret physiologique. Evitant ainsi de se faire démasquer par un proche qui ne verrait là que salamalèques indignes, cet anonymat rassure le blogueur qui peut se livrer sans vergogne à des confidences ou divagations diverses.

C’est bien sous ce voile virtuel qu’Alvin chronique la vie depuis des années mais en est-il de même pour Cassandre ? Comment savoir si c’est bien elle sur cette photo ? Si ce visage juvénile et opalin posé sur deux mains lisses et longues est bien le sien ? Si seulement il osait entrer en contact, il saurait. Mais Alvin de mal en pis persévère dans sa rêverie. L’avatar de Cassandre fait partie du blog au même titre que les textes qu’il contient. Il clique, zoome sur l’image pour en apprécier les détails. C’est elle ! Il s’en persuade avec force. Il surligne avec le pointeur de sa souris les traits de son visage, examine le grain de sa peau. Il sourit. Quelques transparences seront modifiées avec Photoshop, se dit-il. Les yeux rivés sur l’écran, il dézoome et s’attarde désormais sur les mains fines et élancées, parcourt chaque doigt. Observe ses ongles longs légèrement enfoncés dans les arrondis douillets de ses joues. Il rentre en transe devant son clavier. Copie puis colle la photo dans son éditeur, appose plusieurs filtres pour mettre en valeur le cliché. Pose du vermillon sur ses pommettes, ajoute du vert à son col de chemisier. Il joue avec dextérité de la palette graphique pour fabriquer ce qui devient peu à peu sa muse. Une fois satisfait du résultat, il s’avachit sur son fauteuil, allume nerveusement une cigarette et admire sa C. magnifiée par ses coups de pixels. Deux bouffées de fumées et il clique fiévreusement sur son navigateur web, ouvre la fenêtre de publication de son blog et écrit d’un seul trait son billet du jour :

« C. mains prudentes, en flottements, pour nous rapprocher peau contre peau, en apaisements, pour nous purifier de nos quelques maux. C. mains réfléchies, en caresses suggestives pour effleurer nos émotions, en flux ouverts pour reconquérir nos attractions. C. mains actives, pour renouer avec le plaisir et éveiller nos sens assoupis, pour animer nos émois et accomplir nos désirs enfouis. C. mains mutines, pour découvrir les abscisses secrètes de nos plaisirs, pour enfin percevoir en ondulation l’éclat de nos soupirs. »

A suivre…
Illustration

17 commentaires:

  1. bien troublante cette obsession virtuelle...
    une oscillation entre dilution de soi et sublimation de l'autre...
    je ne sais pas pourquoi (enfin, je n'aurai pas trop à gratter pour savoir je pense) mais cela m'angoisse :)

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  2. Se cacher un peu, beaucoup, ou bien se dévoiler sans retenue, le choix est vaste et propre à chacun. L'anonymat s'emploie de multiples façons selon les personnalités. Armure guerrière, duperie ou bulle de protection, qu'importe... Le respect n'est cependant pas évident pour tout le monde. Que de projections !
    Après hésitations, j'avoue, comme Alvin et C. trouver mon bonheur dans l'imagination. Il y a quelque chose de créatif et d'excitant dans cette divagation de l'esprit, un délicat tissage de réalités et de fantasmes, un vagabondage sans frontières ni visa.
    En revanche, je trouve le "délire" Photoshop surprenant, c'est une bonne idée, amusante.
    Qu'auraient été son billet du jour dans une réalité toute crue ?
    Peu importe. Celui-ci me plait.

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  3. On dirait que cette fois, Alvin passe un message presque explicite… Toujours un régal à suivre.

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  4. Mu Lm > Oui, Alvin compose à péter un plomb. Il me fait peur aussi. Vais le laisser tranquille un moment. Faut qu'il s'apaise, le garçon. :)

    Cat > Alvin se nourrit de ses chimères mais lorsque la réalité, si réalité il y a, va se dévoiler qu'adviendra-t-il de ses fantasmes ? Quant aux projections, ce texte n'est en fait que ça ! :)

    Le coucou > Message explicite ! Oui, peut être. Pour être vraiment explicite, faudrait qu'il l'attaque maintenant la Cassandre ! pffouu! | Merci le coucou pour les commentaires suivis et pour les liens nombreux !

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  5. Et oui, nous sommes reliés par des particules élémentaires à géométrie non-commutative, avec brisure spontanée de symétrie. C'est pour ça que nous pensons à certains mots au (presque) même moment. C'est simple. Y a pas de lézard.

    SNAKE

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  6. Wowowowhhh...ça chauffe derrière l'écran... et si nos deux personnages se laissaient porter par l' élan mutuel qui les attire... et si c'était la femme ou l'homme de sa vie......
    Vouloir connaitre l'autre sans le voir dans le blanc des yeux, sans le rencontrer physiquement, entendre sa voix, n'est-ce pas la peur de décevoir ou d' être déçu ? Et la vie passe passe...En tout cas tu nous régale avec tes fictions... " à l'eau de rose"... non non je n' ai pas dit ça voyons ! je rectifie : un roman bien de notre temps. bien le bonsoir monsieur l'auteur Arf. :))

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  7. Une touche de vermillon sur le vert anis... :)

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  8. Ouai, chuis d'accord. Cependant il y des contextes qui font que l'on peut voyager de l'un a l'autre, ex : dans nos métiers (Colombine et moi) on est dans la réalité jusqu'au cou, avec ce qu'elle peut avoir de plus beau comme de plus moche. Alors, pour personnalité à tendance schizoïde comme moi ( ;.D), passer de la réalité très crue à l'irréel n'est qu'un tour de passe-passe que je te fait en 1 seconde chrono.
    Je maitrise grave !
    Bon, mais Alvin n'est pas infirmière, O.K.
    La suiiiiiiiiiiiiiiiiiite !

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  9. Anonyme Snake > Oui, et le continuum espace-temps qui nous relie tout en nous éloignant permet la symétrie axiale dont tu parles. Nous tournons, donc, nous pauvres blogueurs dans un espace clos asymétrique dont on nous fait croire qu'il est ouvert et illimité. Bon sang de bonsoir ! C'était là sous mon nez et je ne voyais rien ! Merci Snake ! :)

    Anonyme tout court ROGER ! Je te reçois snake sur snake !

    vdc > Et si, et si, c'était vraiment à l'eau de rose mon histoire. Moi, j'aime bien l'eau, celle dont on fait les glaçons pour l'apéro et aussi les roses, celles dont on fait le bourbon four roses. ça sera ma réponse d'alcoolo ! :)

    Colombine > Ah ben quand même, c'était mon private-joke d'anniv' et j'ai cru un instant que tu ne le verrais pas. PATATE ! :)

    Cat > Vous êtes tellement dans la réalité crue, trop crue même parfois que le besoin de vous évader n'en est que plus fort, c'est certain. Et ça se traduit bien dans vos blogs ou dans vos activités parallèles, toi la peinture, la photo, et pour la Colombine, grâce à son art et sa manière d'apprivoiser les mots et les pensées, surtout lorsqu'ils sont proférées de manière "anarfique" ! :)

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  10. Certaine dirait aujourd'hui: "Avatar! Avatar! Est-ce que j'ai une gueule d'avatar?"

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  11. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  12. ... De manière "Anarfique" !! :)

    Le texte sur les mains, il me semble que ce n'est pas le même.. où l'as tu retrouvé ?

    Ben, je me suis tellement dit que c'était une fiction, que je n'ai pas cherché à y trouver un lien avec Colombine & Arf... Un comble, n'est ce pas ?.. :)

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  13. Colombine > Comment ça où je l'ai trouvé ? ben, c'est moi qui l'ai écrit ANDOUILLE !
    Colombine & Arf à côté c'est la petite maison dans la prairie ! :)

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  14. Epamin' > Héhé, t'imagine bien en Arletty toi tiens ! ;-)

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  15. @ Colombine...
    Pas possible que tu n'aies pas compris!!!!!

    @ Arf
    Ah bon? ;O)

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