La maison

image La maison familiale est banale. Une moyenne demeure de village sur trois étages à l’angle d’un pâté d’autres maisons. Mes parents ont laissé en l’état la façade qui tombe peu à peu en décrépitude. Peu importe, un des trois côtés donne sur une maison de retraite qui va, dans quelques temps, être démolie. Cela ne vaut pas la peine de la rénover maintenant. On y rentre par une porte style années soixante-dix décorée de petits et épais carreaux de verre. On peut préférer le large portail en bois qui donne directement dans le garage où s’amoncellent des objets de toutes sortes, aussi inutiles les uns que les autres. Une fois à l’intérieur, un couloir avec une tapisserie jaunie dessert une cave gorgée de vins rouges de qualité ordinaire et un salon à moquette murale verte. A l’étage, une grande cuisine en bois massif trône fièrement et se veut la pièce à vivre. A coté, deux chambres – celle de maman et la mienne - et au troisième étage, une autre chambre – celle de papa -. Sur le même palier, grenier et salle de bain rose rococo terminent l’ascension de l’escalier principal.

Cette maison est toujours là aujourd’hui, inhabitée depuis quelques années. Elle reste l’axe central de mes souvenirs d’enfance et chaque pièce recèle une bribe de ma mémoire. Le garage est toujours sombre et désordonné. Il me rappelle ma première moto rouge feu, une PEUGEOT TXR 50 à variateurs électroniques, cadeau de mes quinze ans. Le salon me lance l’image de mon père fatigué, avachi sur son rocking chair regardant sans attention le vieux poste de TV RADIOLA. L’escalier aux grandes marches tachetées de blancs et sa rampe en fer forgée gainée de pvc rouge me replonge dans mes nuits d’ado où je ratais une marche sur deux en rentrant un rien imbibé d’alcool. La cuisine cossue, elle, reste le témoin de repas interminables où le silence régnait en maître. J’y revois les visages éteints de mes parents en prise avec leurs difficultés de couple. Pour les chambres, chacune préserve le secret de son occupant. Quelques flashs reviennent toutefois. Celle de ma mère, en mémoire, sa garde robe luxuriante et la fragrance de son parfum. Celle de mon père, où je ressens encore les effluves de tabac brun émanant de ses gauloises et la sensation victimaire plus tenue de sa mise à l’écart lorsqu’il en a pris possession définitivement, se coupant ainsi définitivement de son épouse. Quant à mon antre à moi, je n’y vois plus grand chose. Juste un endroit de réclusion solitaire lorsque mes pensées voulaient se couper du monde qui m’entourait.

Voilà l'état de ma mémoire sur une maison chargée de sensations vivaces. Mais il manque un lien entre elles, une faille dans l’histoire. Il ne subsiste que cet amas d’images disparates me laissant l’impression d’en avoir oublié l’ordre de passage, comme si, mon film manquait cruellement de scénario au milieu d’un décor bien planté.

14 commentaires:

  1. http://www.dailymotion.com/video/xath7r_dans-la-maison-vide_music

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  2. j'aime bien la subsistance des souvenirs dans les odeurs...

    on te suit pas à pas dans ta maison, qu'importe le manque de scénario à cette histoire, c'est ton écriture qui en dessine le fil :)

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  3. de bribes en souvenirs, une histoire de vie ...
    Bonnes vacs', toi !

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  4. Toutes les maisons ont des histoires à raconter: il nous appartient juste de ne pas les oublier.
    Bises d'Ep'

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  5. Tu écris de mieux en mieux je trouve. Attention à la facilité d'un ou deux lieux communs, je sais que tu peux t'en passer, pourtant.

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  6. La maison d'enfance, est-ce que nous pourrons jamais la quitter vraiment ?

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  7. Philippe > Tu vas être l'illustrateur sonore attitré des me billets ! :) Merci.

    Mu > Il y aurait tant de choses à dire sur et dans cette maison. Mais je ne sais pas quel bout les prendre. Merci.

    Manue > des bribes oui, toujours. Bonnes vacances à toi aussi, au soleil ! :)

    Epamin' > ou justement de les oublier, ce qui semble être le cas des plus problématiques. Bises.

    Anna > héhé, ce texte a été écrit fin 2008 ! Oui, des lieux communs, tu as raison. C'est mon côté inspiration de feignant ! :)

    Frédérique > Non, mais doit-on pour autant essayer de l'habiter à nouveau pour y retrouver des souvenirs manquants ? A moins que ces souvenirs ne servent à rien aujourd'hui, ce qui expliquerait le manque de liaison. La mémoire serai alors justement sélective.

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  8. Tu nous replonges dans la masse diffuse des souvenirs de l'enfance, ces lieux où il est impossible de revenir vraiment en dehors de nos souvenirs, alors même qu'ils existent dans le monde et que nous pouvons encore en pousser la porte… Et chacun après la lecture de ton texte revient, je pense, à ses rêveries, tout en se sentant un peu moins seul. (Yza)

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  9. Il me semble que le manque de scénario pour relier les images du passé doit être le lot de presque tout le monde. L'histoire de nos parents est bourrée de lacunes, que l'on essaie de combler lorsqu'il est trop tard… Mais l'existence d'une maison familiale, comme tu le montres si bien, habille tout de même le passé; c'est un peu un coup de pédale de pianiste qui fondrait les anecdotes incomplètes dans l'émotion.

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  10. J'ai la bizarre obsession de vouloir savoir à quoi ressemble les maisons des gens que j'apprécie. Merci, donc, pour cet article, qui est superbe. :)
    PS :Une nouvelle photo de profil, ou c'est moi qui rêve?

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  11. Les souvenirs ne suivent pas un scénario, c'est sans canevas, sans chronologie, juste quelques rappels de la mémoire qui se laisse faire ou aménage un peu, histoire que ce soit moins douloureux.

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  12. Yza > Il est impossible d'y revenir vraiment. Mais pourquoi sont-ils aussi diffus ? Je connais des personnes qui n'ont aucun mal à se remémorer précisément des instants, même très lointains de la petite enfance. Pour ma part, c'est toujours très centré sur un évènement, une anecdote, une phrase, un mot ou même un objet. C'est troublant alors souvent j'invente tout ce qui aurait pu y avoir autour tout en me demandant ce qui est vraiment de l'invention ou du souvenir inconscient qui surgit.

    Le coucou > J'aime bien l'idée du coup de pédale du pianiste, c'est juste ! La maison comme élément central pour assembler les pièces d'un puzzle géant me semble être un bon début pour qui, comme moi, a besoin d'explications. Explications que je n'aurais peut être jamais car, comme tu le dis, il est peut-être trop tard. Quoi qu'il soit, incomplète ou complétée par des suppositions ou éléments fictifs, cette histoire, mon histoire a besoin de s'écrire. J'en suis persuadé.

    Fate-biscuit > Là, c'est plutôt à quoi elle ressemblait. Mais c'est vrai, ça permet d'en connaitre un peu plus. La photo de profil est la même depuis longtemps mais légèrement recentrée il y a quelques semaines.

    Mélodie > ça doit être ça pour moi, Mélodie. Un fatras de choses qui s'entremêlent sans ordre. Un désordre voulu aujourd'hui ou peut-être vécu dans le passé.

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  13. j'ai la mémoire sélective aussi,
    c'est nébuleux,
    et puis , un mot, une odeur et les choses reviennent, pas toujours celles qu'on aurait voulues se rappeler

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  14. Étonnant cette nébulosité sur cette enfance qui aurait du être fondatrice. Hum... même de travers, certainement l'a-t-elle été...

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