Palpitations tactiles et sueurs de souris (10)

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[ L’ouverture des possibles (9) ] Voilà deux heures que Cassandre est couchée. Impossible de trouver le sommeil. Les mots d’Alvin pourtant simples et discrets virevoltent dans sa tête, s’entrecroisent, perdent leur sens et éveillent les siens. Son corps se raidit, ses yeux grands ouverts sur le noir et sa tête enfouie dans l’oreiller, elle se demande pourquoi tant de distances les séparent encore. Par un plissement nerveux, elle referme ses paupières avec force. L’écran comme un hologramme est là, sous ses yeux, dans ses pensées, éclaireur permanent de cette nuit creuse. Elle n’arrive pas à penser à autre chose et le commentaire d’Alvin se fixe sous ses cils comme un dilemme obsédant. Répondre maintenant ou plus tard et répondre quoi ?

Son notebook posé à coté d’elle l’appelle. Il faut qu’elle réagisse. Peu importe l’heure, peu importe ce qu’il va penser de cette réponse hâtive. Elle ouvre à nouveau l’appareil, presse le bouton et rejoint les pages de son blog pour relire une énième fois les mots d’Alvin. Deux ou trois fois, les yeux rougis par la fatigue, elle va mentaliser sa réponse, y revenir, la détourner, l’effacer de sa mémoire pour ne plus y penser pour enfin se décider à cliquer sur le lien mentionné sous l’ancre Alvin. Une fraction de seconde et elle se retrouve sur son blog, chez lui, dans son univers. Comme lui, elle fait défiler tous les billets, scrute les archives et choisit le premier billet du blog, au fond de tout et à l’abri des indiscrets. Son clavier s’affole et le désordre s’emballe sous sa poitrine. Palpitations tactiles et sueur de souris, les mains moites et les idées emmêlées, les mêmes lettres se bousculent dans un imbroglio de mots craintifs. Plusieurs entames de phrases et plusieurs reculs de la touche « retour arrière » vont batailler dans sa tête et sur l’écran qui clignotent de noir et de blanc pendant de longues minutes.

Enfin satisfaite, la flèche tremblante de la souris s’avance vers le bouton « publier ». Son doigt hésite encore quelques secondes sur le bouton gauche, glisse sur le plastique fin, survole la surface inquiet des conséquences pour enfin appuyer fortement et envoyer le message. « Votre commentaire a été publié ». Cassandre débusque une long souffle de soulagement époumoné par des scories d’incertitude. Bien sûr, quelques respirations et déjà elle regrette la syntaxe, larmoie sur le manque de spontanéité, sur les carences de son style, l’effleurement de ses pensées et les termes employés. Le trop, le pas assez. A la fois lasse et satisfaite d’être enfin passée à l’action, c’est dans un sentiment contrasté qu’elle referme l’écran par peur de lire trop vite l’éventuelle réponse.

Assise en tailleur dans son lit, l’ordinateur pressé contre sa poitrine, elle lève les yeux au plafond et se mordille les lèvres. L’apaisement n’aura duré que quelques instants. Sur sa table de nuit, son téléphone mobile vibre…

A suivre…

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7 commentaires:

  1. non Philippe ça fait vrrrr! :)

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  2. Le "clic" , le "vrrrr" ... Ça me rappelle des trucs un p'tit peu pas si loin que ça...
    Oh ! Dis moi que cette histoire là va bien se finir; allez ! Dis !

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  3. Encre noire > Les histoires d'A. finalement mal, en génééééraaaal ! :)

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  4. Comment a-t-il fait pour avoir son numéro de téléphone? C'était dans le commentaire?

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  5. Le coucou > Mais qui te dit que c'est lui qui appelle ? :)

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  6. A partir de petits rien, on peut en écrire des choses. "La flèche tremblante de sa souris", je note.

    SNAKE

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