Puisqu’il en est ainsi

image Puisqu’il en est ainsi, dit-elle sur l’écran.

Cachée derrière ses lunettes noires, elle se grime, ajuste son maquillage, remet un peu de rouge feu sur ses lèvres, des lèvres que j’ai tant embrassées. Puisqu’il en est ainsi, la laisser s’enfuir, repartir à zéro, retrouver son reflet dans le miroir, séduire pour vaincre les contradictions, contradictions que j’ai tant aimées.  Puisqu’il en est ainsi, se suffire du « en » qui englobe le tout, les années suspendues, ballottées par le souffle de la vie et balayées aujourd’hui par l’inertie, victimes de la nonchalance que je supposais assumée et partagée.

Puisqu’il en est ainsi, dit-elle sur l’écran.

Derrière le filtre, elle se rassure, tient la barre haut, refuse tous les dévers, pentes nécessaires qu’elle croyait piège. Puisqu’il en est ainsi, me protéger de l’image charme, retenir nos discours si précieux et dans d’autres eaux larguer les amarres, attaches qu’il serait vain de vouloir renouer. Puisqu’il en est ainsi, réapprendre à rêver, s’offrir au temps dans des parenthèses enjouées, lunaire comme j’aimais l’être avec elle. Puisqu’il en est ainsi, savoir que le sentiment était partagé, qu’il l’est toujours peut-être, ces peut-être que j’ai trop prolongés. Puisqu’il en est ainsi, respirer encore les fragrances de son absence, un instant, pour se dire que c’est arrivé, puis se résigner à continuer seul vers des états meilleurs, le meilleur de moi, d’un nous futur équilibré qu’un jour avec elle j’ai touché. Puisqu’il en est ainsi, l’envelopper déjà du souvenir, persistances à paraître dans le futile, fut-il, furent-ils.

19 commentaires:

  1. Belle mise en abîme : "Puisqu’il est en ainsi, l’envelopper déjà du souvenir, persistances à paraître dans le futile, fut-il, furent-ils."
    Mais dis-moi lui avais-tu montrer ton savoir-faire en matière de pattemouilles ? J'ai bien peur que non ami.

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  2. Christophe > même pas ! quel idiot ! :)

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  3. Tain ....Fais chier merde...je sais c'est pas très subtil...mais c'est tout c'qui me viens ! bizz Christophe.

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  4. oups!!L'anonyme c'est.... Annick.

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  5. ben oui Annick : ite missa est ! C'est comme ça... t'embrasse :)

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  6. J'ai cru un instant à la première ligne, qu'il s'agissait de Cassandre ;-)
    Mais c'est mieux, je trouve, plus tendu. Douloureux ?

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  7. Heu... Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé etc... ou-bien ?
    En tout cas, ça prend aux tripes !

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  8. Le coucou > C'est tout proche en effet ! (tu es bien le seul encore à te souvenir de Cassandre ^^)

    Encre > Des fois, je me demande où s'arrête la réalité et où commence la fiction. C'est un beau roman, c'est une belle histoire...

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  9. Je pense faire hélas bien la différence entre la réalité et la fiction ...
    J'en suis désolée et j'embrasse...
    Bullotte

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  10. Ouf, du lourd, du qui rentre dedans. En plein pour moi ça me parle.
    J'aime. Dur, mais j'aime quand t'es dedans comme ça.

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  11. Ainsi, il en est ainsi ? Les fragrances du souvenir durent comme les roses. D'autres fleurs à respirer ?

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  12. Le pouvoir des mots.

    Emmitouflée dans un silence tacite, ce billet m'a fait l'effet d'une bombe cet après midi. Il est poignant. Je n'en sors pas indemne. Il est la reconnaissance et l'amour inconditionnel. Celui, que je te porte aussi.


    Colombine et ses contradictions..

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  13. Bulotte > bises à toi aussi, bon week-end.

    Kouki > Ah oui, ça, j'suis d'dans !

    zoé > d'autres fleurs ? non, pas pour l'instant. J'en ai encore plein le nez ;)

    Colombine > 3pm !

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  15. etrange comme l'écrit peut rendre le réel (plus) dense...
    beau texte

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  16. Bien... à lire les commentaires - que je ne juge pas bien-sûr! hu! hu! - on a plutôt envie de présenter ses condoléances à la famille... Donc... Sinon, oui, quelle belle tension des mots!

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  17. cette fois-ci, c'est toi qui me causes....

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  18. on ne dira jamais assez le pouvoir des mots.. enfin de certains mots !
    la seule chose que je trouve à dire après cela, c'est qu'il en soit ainsi.. et pas autrement !

    Bises

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  19. Mu > oui, ou le virtuel plus palpable :)

    depluloin > merci pour l'attention et la tension.

    Sylvie > ma foi, ça doit arriver à tout le monde, tous les jours. :)

    Babel > Oh y a toujours un "autrement" possible. Bises.

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