Volutes naissantes

image Elle prend dés le matin, l’envie coincée dans le gosier, puis grimpe, s’insinue partout, le corps, la tête, se crispe dans les doigts, passe par le nez, détache ses ferveurs dans les muqueuses, repasse par l’air, tourne autour, lancinante, provocante, aliénante. Avant que le pied ne touche le sol, avant que la pensée n’ait perçu le matin, avant que je ne sache qui je suis, où, quelle heure, quel jour, elle rôde, s’échappe de ses sœurs défuntes de la veille, racle mes synapses, éponge mes souvenirs, tronque mes rêves en volutes naissantes. Le café coule, odeur de l’aube masquée par son arrogance olfactive, elle descend de la chambre, imprègne les murs encore un peu plus, encore une couche sur les tissus, encore du jaunâtre, saumâtre. Assortie d’un grondement que l’organisme rejette, elle sort d’un réflexe programmé, d’une proximité toujours égale, elle est là, permanence de la vie mais ne promet que trépas par lentes combustions . Diablesse qui prend le corps, s’empare du fluide qui coule dans les veines, de l’air pur elle désagrège particules et oxygène, pourrit l’atmosphère, décrépît la peau, obstrue les pores, altère le souffle, tue.

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13 commentaires:

  1. Une façon comme une autre d'alléger le poids du silence, une élévation dangereuse mais grisante.

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  2. Belle ta diablesse ... t'as du feu ?

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  3. et qu'elle tue, tant pis, se dut-on dès que ses dégâts s'espacent - elle est nous (moi au moins)

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  4. "Paquet plein de délices / Petits cylindres clairs / Parfum d'or et d'épices / Et volutes sorcières / Braises dans la nuit blanche / Espoir et allégresse / Noces et petits dimanches / Tiges enchanteresses / Sexe bleu, liqueur douce / Charmant, puissant mensonge / Ciel pâle, odeur de rousse / Enigmatiques songes" (à s'en relever la nuit).

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  5. Volutes naissantes ...et finissantes, tant pis.

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  6. Volutes du matin, tout va bien… Je vais prendre mon café, puisque je découvre ton texte pendant qu'il chauffe, les volutes suivront… Merci du réveil.

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  7. Philippe > Après avoir bien graissé nos intérieurs.

    Encre > "alléger le poids du silence" j'aime bien ça! :)

    Kouki > tu as bu ton café ? bon, ok, alors tiens fume !

    brigetoun > oh que oui qu'elle est moi, aussi ! Sans elle, les multiples fois où j'ai essayé, je suis un autre.

    Christophe > Oh joli, tu viens de l'écrire ou c'est publié chez toi ça ? J'aime bien "Sexe bleu, liqueur douce"

    co errante > bon on est pas encore aux finissantes hein? un peu de répit

    le coucou > ah moi les volutes précédent le café. Bonne journée, n'abuse pas. :)

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  8. Non, j'aurais bien aimé ; c'est Brigitte Fontaine.

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  9. "T'es bien roulée dans ton tabac
    Viens que j't'aspire au bout d'mes doigts
    Comme un' frangine à la dérive
    Qu'a son tabac dans ses archives
    Et qui vous r'fil' tous ses dossiers
    Histoir' de mieux vous renseigner
    T'es un' donneus' de paradis
    T'es ma gitane et ça m'suffit
    T'es ma gitan' t'es mon amie"
    Léo Ferré

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  10. Ah là là là. Tiens, je vais en fumer une, puisque c'est ça.

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  11. chez moi la grosse envie aguicheuse et omniprésente a maigri, n'est plus que l'ombre d'elle-même, se traîne et dépérit, je lui ai tordu le cou et j'en suis fière !

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  12. Christophe > Ah oui, elle s'y connait en fumette la brigitte ! ;)

    Morgan > Bien à propos le Léo, merci :)

    Frédérique > Allez zou, vous accompagne...

    Madame de K > Et vous pouvez ! Grand bravo !

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